11.22.63

Stephen King a toujours fait parti de mes auteurs préférés. Il met l’accent sur la simplicité et l’honnêteté dans sa prose, ce qui fait de lui un romancier populaire.

Mais ce n’est pas l’image du “Maître de l’Horreur” collée à ses basques qui m’attire chez lui. Pour moi Stephen King brille vraiment lorsqu’il quitte le monde de l’épouvante pour celui du simple fantastique, voir même du “pseudo-réalisme”.

Je me souviens m’être accroché à The Long Walk jusqu’à ce que la lumière du jour supplante celle du chevet. Ce livre est pour moi l’essence même de King : simple, brut, sans artifice et terriblement honnête.

11.22.63 s’inscrit dans cette tradition malgré les prémices fantastiques du voyage dans le temps.

Souvent applaudi pour sa description sans faute de l’Amérique populaire, Stephen King a déjà prouvé dans le cycle de la Tour Sombre qu’il pouvait jongler avec les époques. Après avoir exploré New York dans les années 60, 70 et 80, c’est vers le Texas des sixties qu’il se tourne pour 11.22.63.

Derrière ce titre se cache la date de l’assassinat du président américain John Fitzgerald Kennedy. S’il est difficile pour un jeune français comme moi de bien saisir l’impact de cet évènement, il en va autrement pour la génération du romancero. Mes profs d’histoire m’ont dit que la Crise des Missiles de Cuba était terrible. Ma grand-mère qui l’a suivie à la radio m’a dit la même chose. Mais Stephen King est le premier à me montrer l’hystérie qui s’est emparée du monde à ce moment là.

Le profond respect de King pour JFK n’est pas nouveau : il le surnommait déjà “le Dernier Pistolero” dans la Tour Sombre. Cela ne l’empêche pas de faire preuve de réserve. Le portrait de Kennedy n’est pas celui d’un messie, juste celui d’un jeune homme de conviction qui se croit immortel. De la même façon, son assassin Lee Harvey Oswald est caractérisé avec doigté, délicatesse et respect.

A 64 ans, Stephen King est un bon candidat à la nostalgie inconditionnelle. Mais si l’Amérique des années 60 est souvent qualifiée par le protagoniste comme “plus vivante” que celle de 2011, sa noirceur n’est pas oubliée. Un simple passage par des toilettes labellisés “Men“, “Women” et “Colored” suffit à nous rappeler les progrès effectués ces dernières décennies. Et c’est toujours dans les moments difficiles que le protagoniste regrette la technologie qu’il décrie.

Si King est le premier à critiquer la maxime “write what you know“, force est de constater qu’il l’applique souvent à la lettre. L’histoire nous est racontée à la première personne par un prof d’anglais (et écrivain raté) officiant dans le Maine. On est en terrain connu. A côté du portrait saisissant de l’Amérique d’antan, l’univers de l’auteur fait aussi une apparition discrète. La lugubre ville de Derry traumatisée par un clown tueur d’enfant ou les voitures Takuro Spirit sont autant de clin d’œils à ses précédentes œuvres.

Plus que l’assassinat de Kennedy, 11.22.63 est avant tout l’histoire d’un homme perdu dans son époque qui se retrouve à vivre dans une autre. Si la course contre la montre pour sauver JFK d’un passé qui refuse de changer rappelle parfois The Running Man, c’est bien une histoire d’amour qui est au cœur du récit. “At the bottom it’s always about a woman,” nous révèle un armurier de Dallas.

11.22.63 est sans aucun doute l’un des romans de Stephen King que je préfère. Sa parfaite maîtrise du suspense et sa façon si juste de peindre l’Amérique de sa jeunesse trouvent leur place dans un genre auquel il ne nous a pas habitués. Stephen King est comme un bon vin qui s’améliore avec le temps, qui gagne en maturité. 11.22.63 se pose comme un nouveau palier dans sa carrière.

Le résultat est un roman qui entraine le lecteur jusqu’au fond du terrier, vers un pays des merveilles qu’il ne voudra jamais quitter.