Animateurs en péril

Il y a quelques temps j’avais écrit un article nommé “la japanime est-elle sur le déclin ?” en me basant sur le témoignage peu encourageant d’un étudiant japonais qui réalisait sa thèse sur la question.

Certains problèmes ont été évoqués et certaines causes mises en avant. Mais c’est récemment en lisant un essai sur la situation peu reluisante de l’industrie japonaise du jeux vidéo (décidément…) que je suis tombé sur deux articles de la presse traitant d’un autre problème qui n’avais pas été réellement soulevé. Un dans le Wall Street Journal et l’autre, plus récent, dans le Los Angeles Times.

Il s’agit de la situation précaire des animateurs eux même. Il ne s’agit pas là des studios ou des investisseurs, ni des fans ou quoi que ce soit, mais bien des employés, les animateurs.

Peu de main d’oeuvre

Premier détail qui frappe, c’est le peu de monde qui fait tourner cette industrie. Entre 4000 et 5000 personnes. Le LA Times donne le Studio Ghibli en exemple, avec moins de 200 employés.

Juste pour donner la mesure, dans une autre industrie, Blizzard Entertainment compte à lui seul 4600 employés. Soit autant que d’animateurs au japon, tous studios confondus.

Bien sur on s’est habitués à l’outsourcing vers la Chine ou la Corée. Ça a commencé avec les décors, et maintenant de plus en plus d’animation intermédiaire (in-between) est réalisé en dehors des studios.

Le “problème” c’est que ces pays commencent à réaliser leurs propres productions en concurrence directe avec les animes japonais.

D’autant plus que sous-traiter tout ça affaiblit le pool de talents du japon.

Chinese Chess Master, un anime chinois

Des conditions de travail “douteuses”

L’autre problème c’est la façon dont les animateurs restant sont traités. Non ils ne sont pas frappés ou fouettés mais la semaine des 40 heures est un doux rêve pour eux. Des journées de 12h et des semaines de six jours pour un salaire bien de deçà de la moyenne sont leur réalité.

Le salaire moyen au japon pour un employé senior est de $60k, mais un key animator devra se contenter de $47k. Et encore on parle de senior là, les deux articles présentent des jeunes animateurs venus de plusieurs studios (dont Studio Pierrot) qui sont obligés de vivre chez leurs parents pour s’en sortir. Et rares sont ceux a bénéficier d’une assurance santé.

Comment la machine peut-elle encore tourner ? Grâce à la passion. C’est le même principe que les crunch dans le monde du jeux vidéo, où les heures sups (non payées hein) volent dans tous les sens au nom de la passion. Elle a bon dos la passion, mais des conditions de travail saines donnent toujours un meilleur résultat. D’ailleurs la jeune industrie du jeux vidéo l’a compris et progresse.

Le Wall Street Journal estime que 9 employés sur 10 quittent l’industrie dans les 3 ans pour des secteurs payant mieux (notamment le jeux vidéo). Couplé avec le problème de la faible natalité dont j’ai parlé dans l’article précédent, la situation est assez alarmante.

Merci d’en pondre 300 par mois

Des solutions ?

Du coup, quelles sont les mesures prises ? Le Los Angeles Times remarque qu’en Avril 2010, la  “Japan’s Agency for Cultural Affairs” a accordée l’équivalent en yen de 2.4 millions de dollars pour aider à la formation des animateurs.

Je ne sais pas pour vous, mais les aides gouvernementales m’ont toujours parues être des rustines plus que de vraies solutions.

Heureusement, il y a une prise de conscience à l’intérieur même de l’industrie, le président de Telecom Animation apprend au Wall Street Journal que son but est d’améliorer les conditions de travail, notamment en proposant une meilleure assurance santé et en s’assurant de permettre une véritable progression dans l’entreprise.

Si ces initiatives se multiplient, alors la japanime sera sur de bons rails pour attirer de nouveaux talents et se renouveler. Croisons les doigts !