Dessiner sur PC – Partie 1 : les outils

Au début j’avais prévu de n’écrire qu’un seul article sur le sujet mais vu la longueur, ce sera un duo. Du coup dans cette première partie on va voir les pré-requis et passer en revue les logiciels et accessoires, qu’ils soient indispensables ou juste utiles.

Dans la seconde, je parlerai du procédé en lui même, mes méthodes serviront d’exemple mais ça permettra aux débutants d’avoir une meilleure idée de la question et les plus expérimentés pourront probablement retenir quelques trucs et astuces que je montrerai pour Photoshop (notamment quelques macros bien sympa).

C’est un guide qui se veut donc à double facette : une démo pas à pas pour ceux qui débutent ou qui veulent se lancer et une collection de mes outils, trucs et astuces qui pourront intéresser les autres artistes.

A noter quand même que je ne suis pas un professionnel, et que je ne suis d’ailleurs pas franchement bon (ou du moins pas autant que je l’aimerais). Ça vaut ce que ça vaut et surtout, ce n’est qu’une façon de faire parmi d’autres. Chacun a sa propre méthode.

Des alternatives à Photoshop

Ok, Photoshop ça coute cher, même avec une licence étudiante.

C’est un sacré investissement, et même si c’est une valeur sure il faut pouvoir le justifier. Si vous comptez faire du graphisme votre profession, le choix ne se pose pas. Heureusement, pour tous ceux pour qui ce n’est pas le cas, il existe des alternatives.

On cite souvent The GIMP ou Paint.NET qui font plus ou moins l’affaire, à condition de ne pas être trop exigent on va dire. Les deux sont gratuits, mais ce sont comme Photoshop des programmes de retouche d’images. Photoshop n’est pas fait pour le dessin ou la peinture à la base, il est juste tellement balaise qu’on peut l’utiliser pour. Ce n’est pas franchement le cas de The GIMP et Paint.NET, croyez moi.

Non, les alternatives qui nous intéressent sont Manga Studio et Paint Tool SAI. Tous deux sont payants, mais abordables.

Manga Studio 4

Manga Studio est parfait si votre but est de réaliser des mangas (ou comics, ou BD, c’est vous qui dessinez après tout, vous faites ce que vous voulez) de façon digitale. Il y a absolument tout ce qu’il faut : différents formats d’impression couramment utilisés avec les gouttières déjà tracées, des trames, les panels et des outils d’aide à la perspective ou aux speedlines, etc.

La version Debut coûte à peine $50 et est déjà bien fournie, la plupart des options manquantes sont des options avancées qui ne vous seront pas forcément indispensables lorsque vous débuterez. D’où le nom.

La version complète, dite EX, coûte quant à elle $300, ce qui est déjà un peu plus imposant. Heureusement, SmithMicro fait régulièrement des promos et il est possible de l’acheter pour juste $100, ce qui vaut franchement le coup si vous voulez vous lancer sérieusement dans la création de manga/comics. Tout ce que vous avez à faire, c’est de guetter les offres sur leur compte Twitter.

Paint Tool SAI

Quant à lui, Paint Tool SAI est pour ceux qui veulent faire du digital painting. Créé par les japonais pour les illustrateurs japonais, le logiciel est donc… en japonais. Heureusement le site officiel est également disponible en anglais et il existe un patch non-officiel pour le logiciel en lui même.

L’avantage de SAI c’est qu’il est fait uniquement pour le dessin/digital painting et pas pour la retouche d’image comme Photoshop. Il n’y a donc que ce qu’il faut, ce qui le rend plus rapide, plus léger et aussi moins intimidant.

Parmi les fonctionnalités qui le placent clairement au dessus de Photoshop, on trouve des petits riens comme un raccourcis clavier pour donner un effet miroir à l’image (on verra dans la seconde partie en quoi c’est important) ou le génialissime Stabilizer qui donne des tracés tout beaux tout propres. Personnellement, j’ai encore un peu du mal à appréhender les brushes fournies avec mais certains artistes ne jurent que par elles.

Et le logiciel ne coute que 5250 yen, ce qui à l’heure où j’écris ces lignes correspond à $70 ou 50€. Enjoy.

Bien entendu, aussi bien Manga Studio que SAI proposent des versions d’évaluations limitées dans le temps pour vous faire une idée.

La configuration matérielle

Mais pour le moment mon logiciel de prédilection reste Photoshop, donc c’est celui que je vais vous montrer. Ceci dit, même si les petits trucs et astuces que je vais vous donner lui sont exclusifs, les grands principes restent les même pour tous les logiciels.

Donc du côté software on a Photoshop CS4 tournant sur un Windows 7 Pro x64 (le 64 bits est très important).

La machine en elle même est un vieux portable qui a déjà plus de 4 ans, un bon vieux Dell Inspiron 1520 légèrement modifié avec la configuration suivante :

  • Intel Core 2Duo 1.8Ghz
  • 4Go de RAM (d’où l’importance d’un OS 64 bits) DDR2
  • NVIDIA GeForce 8600M GT
  • Un disque dur de 500Go à 5400 tours/minutes

Voilà, c’est ce que j’utilise et c’est donné à titre indicatif, la plupart des portables récents milieu/haut de gamme sont plus puissants, donc vous ne devriez pas avoir trop de soucis.

La carte graphique est un peu vieille maintenant mais pour Photoshop on a pas besoin de beaucoup plus, l’accélération graphique est activée, et ça suffit.

Le processeur commence à vieillir lui aussi, c’est peut être le seul problème de cette machine, mais Photoshop s’en tire admirablement bien, même avec de très gros fichiers. C’est juste la sauvegarde quand je fais Ctrl+S qui est parfois un peu longue, et j’ai l’habitude de marteler cette touche. Une habitude que je vous conseille vivement d’adopter d’ailleurs. Et c’est encore plus long avec SAI.

Comme vous le voyez, le disque dur est lent (j’ai privilégié l’espace de stockage à la vitesse d’accès) mais fait l’affaire. Ça joue bien entendu lors des sauvegardes lentes comme je viens de le dire mais aussi lors de l’usage courant si vous vous en servez comme Scratch Disk. A ce sujet, il vaut mieux configurer Photoshop pour utiliser un second disque dur le plus rapide possible (du 7200 TPM voir du SSD si vous avez gagné au Loto). Après, c’est l’idéal certes, mais on peut faire sans.

Venons-en au plus important, la RAM. Bien entendu, plus y’en a mieux c’est (y’a des fois comme ça où l’informatique c’est simple) mais au delà de 3,5Go il vous faut obligatoirement un OS 64 bits. Je vais pas vous expliquer pourquoi, ceux que ça intéressent le savent déjà et les autres s’en foutent, donc on va juste dire qu’il faut faire attention à ça. 2Go ça peut faire un peu juste si vous travaillez sur de hautes résolutions mais 4Go ça passe franchement bien. Photoshop est une vraie perle côté consommation mémoire, très économe et aussi très stable (j’ai jamais réussi à faire planter la CS4).

Bien sur j’utilise Windows pour tout un tas de raisons, mais utiliser Mac OS X ne fera pas de vous un paria, ça marche de la même façon (en plus Mac OS X n’est dispo qu’en 64 bits, donc aucun risque de se tromper). Pour les deux-trois manchots qui passeraient par là, oubliez Linux, même si Photoshop marche sous Wine, c’est la galère et c’est pas fait pour ça.

La tablette graphique

Bon avec ça on a un PC qui fait tourner Photoshop (ou MangaStudio, ou SAI) mais avec quoi on dessine ? Avec la souris ?

Ha ha. Non, heureusement.

Il vous faut obligatoirement une tablette graphique. Le fabriquant Wacom fait l’unanimité, ce qui simplifie considérablement le choix. Il ne vous reste plus qu’a trouver le bon modèle.

Si c’est votre première tablette, une Bamboo fera l’affaire. J’en ai une que j’utilise lors de mes déplacements, c’est de la bonne qualité et c’est déjà très précis pour de l’entrée de gamme. Ceci dit la mienne est un vieux modèle avant que Wacom ne revoit sa gamme et ses déclinaisons, donc je ne saurais pas trop vous conseiller sur le modèle mais la Bamboo Fun S semble être la plus indiquée.

C’est du A6, ce qui peut paraitre petit mais il faut bien comprendre que ça marche plus comme un tapis de souris qu’une feuille de papier, la taille de la tablette n’a rien à voir avec la taille du dessin en lui même.

A ce sujet, ma tablette principale est une Wacom Intuos4 M, une A5 donc, et son principal avantage sur la Bamboo est le confort, notamment pour le poignet. Dessiner sur du A6 me fait rapidement mal. Ceci dit, une tablette trop grande (genre A4) peut aussi fatiguer le poignet plus rapidement puisque la surface à couvrir est plus large. C’est à chacun de voir, tout le monde est différent, certains n’ont pas de soucis avec le A6 et d’autre ne jurent que par le A4. Pour moi le A5 me va comme un gant.

Comparatif de taille d'une Intuos4 M (à gauche) et d'une Bamboo S (à droite)

J’ai payé ma Bamboo 80€ à l’époque (4 ans environ), ce qui est plus que raisonnable vu que je m’en sers encore régulièrement. Par contre je ne connais pas le prix des nouveaux modèles, mais ça devrais être dans cette fourchette. C’est l’idéal pour débuter et on en trouve à la Fnac ou en grandes surfaces.

L’Intuos4 M est quant à elle aux alentours de 370€. Je sais, ça pique. J’ai acheté la mienne lorsque je vivais au Canada et que le dollar était faible, ça aide. Rajoutez environ 100€ pour du A4.

Et si vraiment vous avez 2000€ à claquer comme ça, la Cintiq est un peu le must. Cette fois l’écran est directement sur la surface de la tablette et vous dessinez dessus comme si c’était une vrai feuille de papier. Cette relation 1:1 est un confort inégalable, mais ça reste du luxe. On peut faire sans.

Attention si vous débutez, dessiner avec une tablette est très différent de dessiner sur papier. Vous ne voyez pas ce que vous faites, votre regard est dissocié de votre main ce qui rend la tâche beaucoup plus ardue. Il faudra vous adapter et améliorer votre coordination yeux-main. Le temps d’adaptation varie entre chaque individu, par exemple il m’aura fallu un an avant de pouvoir tracer un trait droit avec une tablette. Mais certains y arrivent beaucoup plus rapidement (genre, une semaine), il faut juste ne pas désespérer et continuer à s’entrainer le plus régulièrement possible. Cette chute de niveau au début est normale.

Après, c’est que du bonheur et vous deviendrez aussi super balaise au Pictionary lors du défi où il faut dessiner les yeux bandés. Croyez-moi, en société, c’est un atout qui fait toute la différence.

Accessoires sympatoches

Un PC et une tablette sont suffisant, mais il existe des accessoires bien pratiques, parfois évidents et parfois non.

L’écran

Dans la catégorie évident, un bon écran c’est pas mal.

Si vous avez comme moi un PC portable, un grand écran externe est appréciable. J’utilise un Samsung SyncMaster P2350, un 23 pouces donc qui a l’avantage d’avoir un super contraste (50000:1) et un temps de réponse faible (2ms). Et d’être abordable aussi : $250 neuf, il y a deux ans de ça.

Attention par contre au calibrage des couleurs ! Par défaut il n’est pas rare que les écrans soient livrés avec un profil de couleurs assez catastrophique (genre super flashy) ce qui peut ruiner complètement vos œuvres. Calibrez-les donc avec un colorimètre voir — au pire — à l’œil nu avec l’utilitaire de configuration.

Utilisateurs de Samsung, notez que leurs drivers sont tout pourris. Ne les installez pas ! Ceux fournis de base par Windows sont meilleurs. De toute façon si vous les utilisez, Photoshop s’en plaindra à chaque fois que vous le lancez. Rendez-vous service, désinstallez cette horreur et utilisez ceux de Windows.

Un colorimètre à l’œuvre

Le gamer pad

L’autre accessoire que je vais vous présenter est déjà moins évident. Il s’agit du Razer Nostromo (ou de son équivalent chez Logitech, le G13).

C’est ce qu’on appelle un gamer pad, une sorte de clavier additionnel avec des touches programmables pensée à l’origine pour les joueurs, notamment ceux qui jouent à des MMO ou des RTS. Et bien il se trouve que c’est super utile pour les artistes aussi.

Voilà à quoi ressemble la bête :

Elle coûte dans les $60 et comme vous le voyez, c’est très ergonomique. Par contre si vous êtes gaucher, c’est mort.

Razer met à disposition un petit logiciel de configuration pour programmer les touches. Il y a d’ailleurs 15 touches, un molette de souris, un bouton latéral et un bon vieux D-Pad. Vous pouvez programmer jusqu’à 8 modes (qui sont indiqués par une combinaison de 3 LEDs) différents qui eux même sont dépendants de l’application lancée en premier plan.

Ce qui veut dire que vous pouvez programmer ces 8 modes différemment pour Photoshop, MangaStudio, SAI, etc. Très pratique, surtout pour pouvoir harmoniser un peu les raccourcis claviers entre les différents logiciels.

Je ne peux malheureusement pas vous donner de configuration toute faite puisque je suis moi même en train d’expérimenter, et c’est quelque chose d’assez personnel, chacun ayant ses outils préférés ou ses macros (que l’on verra dans la seconde partie de cet article).

Donc au final voyez à quoi ressemble mon “espace de travail” :

Comme vous le voyez le PC est relégué dans son coin, je ne m’en occupe plus. Je m’en sert juste quand j’ai besoin de saisir du texte. La souris non plus ne sert à rien.

Si vous regardez la photo plus haut avec les deux tablettes, vous verrez que j’avais une surface coulissante bien pratique qui me permettait d’aligner tablette et PC. Du coup j’avais la main droite qui dessinait et le bras gauche, légèrement tendu, accédait au PC pour les raccourcis claviers.

C’était bien pratique, mais si vous n’avez pas une telle configuration (et comme vous le voyez je ne l’ai plus), le Nostromo est une bonne alternative, et c’est même plus confortable au final.

Dans le prochain épisode…

Dans la seconde partie de cette série on commencera à dessiner en voyant les différentes phases. On découvrira ce qu’est un sketch, un lineart, des aplats, etc. Je vous montrerai la réalisation d’un dessin pas à pas, en images.

J’en profiterai pour donner des trucs et astuces avec Photoshop qui me font gagner un temps fou, et j’ai remarqué que même certains pros ne les connaissaient pas.

Ça devrait être fun 🙂