Durarara!! – Je suis une légende (urbaine)

La reprise s’avère difficile. La dernière fois que j’ai dû vraiment réfléchir à quoi écrire c’était il y a un mois. Cela faisait aussi longtemps que je n’avais pas vu d’animes, ayant d’autres priorités. Il m’a donc fallu rétablir le créneau horaire “animes” dans mes soirées, et pour se faire j’ai décidé de m’attaquer à Durarara!! (prononcez Drrr!!, comme si vous trembliez de froid ou de peur).

Soyons clairs : cette nouvelle série de Brain’s Base sensée faire suite à l’excellent Baccano! ne se contente pas de rajouter un point d’exclamation dans le titre.

Les deux séries sont des adaptations de light novels de Narita Ryohgo et on reconnait immédiatement sa patte : de nombreux personnages à priori bien distincts dont les destinées vont se croiser de façons inattendues. Mais là où Baccano! nous transportait (principalement) dans le New York des années 1930, Durarara!! se déroule exclusivement dans un Ikebukuro (un quartier de Tokyo) moderne.

Fini donc les histoires de mafia et d’immortalité, à la place nous avons des guerres de gangs et des fées irlandaises. Changement de décors, mais on reste en territoire connu : le réel teinté de supernaturel.

A la recherche du Protagoniste

Baccano! mettait en scène un journaliste et son assistante, tentant de rassembler les pièces du puzzle qu’était la série. “Qui est le personnage principal ?” était l’une des questions qui les hantait. Finalement, ils nous proposaient une réponse non dénuée de sens : “peut être que l’histoire elle même est le héros.”

Le même question se pose pour Durarara!!. On pourrait penser que c’est Ryuugamine Mikado, un jeune lycéen qui décide de déménager à Ikebukuro pour rejoindre son meilleur ami et bouleverser un peu sa vie ennuyeuse. A moins que ce ne soit l’ami en question, Kida Masaomi ?

Ou serait-ce Celty Sturluson, le Cavalier sans Tête qui a troqué son cheval pour une moto, recherchant sa tête sans relâche ? Pourquoi pas Heiwajima Shizuo qui tente en vain de discipliner sa force monstrueuse et son tempérament colérique ?

Et si c’était Kadota Kyohei et sa bande, toujours là pour veiller sur la ville comme de véritables justiciers otakus ?

Mais en réalité, une fois encore, tous ces personnages bien distincts que tout oppose sont juste des fragments au service de l’histoire de Durarara!!.

Et quand je parle de l’histoire, je ne parle pas de l’intrigue. La différence entre les deux est de taille : une “histoire” est juste une suite d’évènements séquentiels. Tout est une histoire. Vous sortez dans la rue et une feuille tombe, c’est une histoire. Peu intéressante, c’est vrai, mais une histoire quand même.

Une intrigue est quelque chose de plus raffiné, de planifié. Des retournements de situation et des révélations forment une intrigue. Par définition il y a quelque chose que nous ne savons pas (et qui nous intrigue) et que nous découvrons petit à petit, au fil de l’histoire. C’est ça une intrigue.

Bon nombres d’auteurs à succès vous diront que commencer par l’intrigue est une mauvaise idée et ne fait pas une bonne histoire. Cela peut paraitre étrange et contre-intuitif dit comme ça, mais quiconque a déjà écrit comprendra ce fait. Quand on écrit, les personnages ont tendances à devenir réels, du moins dans notre tête. Ce ne sont pas des poupées que nous manipulons pour mettre en scène notre intrigue, c’est même tout l’inverse. L’auteur est spectateur, son rôle est de retranscrire les actions de ces personnages soudainement devenus réels. Ils ont leur propres motivations, leur propre façon de réagir aux problèmes et ont généralement tendance à essayer de sauver leur vie, même contre la volonté de l’auteur.

C’est ce qui s’est passé pour Baccano!, de l’aveu même de Narita. Lorsqu’il s’est mit à écrire, les personnages ont pris vie et ce sont eux qui ont vécus l’histoire, ce n’est pas lui qui leur a imposé. Et quand tout fut terminé, l’intrigue était là. Elle s’était construite toute seule à partir des actions de ces personnages.

L’auteur est donc une sorte de jardinier : il plante des graines (les personnages) et observe l’intrigue qui pousse. En ce sens, les personnages sont le point de départ de l’histoire, la fondation. L’histoire qu’ils écrivent en luttant les uns contre les autres est quelque chose de sacré, c’est ce qui les relies et c’est ce qui a de l’importance. Sans le savoir, ils sont comme des artistes contribuant à une œuvre commune. Une œuvre grandiose.

Il n’y a donc pas de personnage principal, juste une série de personnes qui ont leurs propres passés et motivations et qui vont tout faire pour arriver à leur but. C’est pour ça que l’histoire semble si réelle malgré les Dullahan et les barmen qui jettent des distributeurs de boissons sur les gens : la vie réelle fonctionne comme ça après tout.

Tout le monde pense être “le héros”. Je vois le monde à travers mes yeux, est-ce que ça ne veut pas dire que je suis le personnage principal ? Cette façon dont la réalité et la fiction se recoupent est d’ailleurs le principal sujet de conversation entre Walker et Erika, les otakus-psychopathes de service.

De ce côté là, Brain’s Base a encore fait du super boulot : chaque épisode est vu à travers les yeux d’un personnage différent, mais la plupart du temps ils ne racontent par leur propre histoire, mais celle d’un autre personnage. Parfois assez discret et anecdotique, cette forme de narration est capable de briller. Rapidement, vers le début de la série, Simon, un Afro-Russe ayant quitté son pays pour le Japon nous raconte l’histoire de Mikado, le garçon qui a quitté sa campagne pour Tokyo. Qui d’autre que lui aurait pu nous faire remarquer que même en changeant d’habitat, un homme reste toujours le même ? C’est quand les deux personnages ont un point commun que cette façon de raconter l’histoire prend tout son sens.

Légendes Urbaines

Dès le premier épisode, Mikado et Masaomi fêtent leurs retrouvailles en déambulant dans les rues d’Ikebukuro, passant en revue les bons plans et les mecs à éviter.

On se rend vite compte que la ville a sa propre histoire, sa propre culture. Les nouvelles circulent à une vitesse prodigieuse grâce à Internet, et tout au long de la série on suivra l’évolution d’un chan IRC qui réagit aux évènements récents. Si le bouche-à-oreilles est le principal moyen de communication et d’information, il n’est pas infaillible pour autant. Les faits se déforment au fur et à mesure qu’ils circulent et c’est ainsi que naissent les légendes.

Que l’un des personnages principaux soit un Dullahan, un cavalier sans tête venu tout droit de la mythologie irlandaise n’est pas anecdotique. Celty est là pour qu’on fasse ce parallèle : est-ce que tout ce qu’on dit sur elle est vrai ? Les Dullahan sont-elles vraiment des psychopompes ? On a vu comment naissent les légendes urbaines : des faits réels amplifiés, exagérés ou recoupés avec une part d’imagination, jusqu’à devenir de nouvelles histoires complètement inédites. N’est-ce pas également le cas pour ces mythes bien connus ?

Et inversement, après tout si Celty et Saika sont bien réelles, est-ce que certaines légendes urbaines qu’on prend pour des fables ne le sont-elles pas aussi ?

La réalité donne naissance à la fiction à travers ses légendes urbaines mais l’inverse est aussi vrai. A force de se raconter des histoires, elles peuvent devenir bien réelles, comme en témoigne la genèse du gang sans couleur, les Dollars.

Le lien entre la fiction et la réalité, comment les deux partagent des caractéristiques similaires et s’entrecroisent est décidément l’un des thèmes principaux de Durarara!!.

Le Mythe Ultime

Que Celty ai quelque chose à cacher, c’est un concept assez facile à appréhender. C’est normal pour une fée sans tête d’avoir des secrets. J’imagine que pour le docteur sans licence qui l’héberge et partage sa vie, c’est normal aussi. J’imagine bien Simon le vendeur de sushis expatrié avec un passé trouble. Quant à Orihara Izaya… eh bien c’est son job en tant qu’informateur.

Jusque là tout va bien, il s’agit de la clique des gars louches d’Ikebukuro, ceux dont il ne faut pas trop s’approcher si on désire vivre une vie normale et sans histoire.

Mais est-ce qu’une telle vie existe ?

Ces trois là, Ryuugamine Mikado, Kida Masaomi, Sonohara Anri… eux aussi ont leurs secrets.

Tout comme cette fille suicidaire que l’on voit dans le premier épisode, et comme les parents qu’elle méprise tant. C’est également le cas de ce journaliste qui écrit pour un magasine people. Et ce dessinateur de rue qui traine parfois près de la fontaine… saviez-vous qu’il avait vu une Dullahan dans sa jeunesse ? Qui eut cru qu’une personne aussi normale en apparence avait une telle histoire à raconter ?

Mais voilà la vérité : tout le monde a ses secrets, et une “personne normale” ça n’existe pas.

C’est ça la véritable légende urbaine : on croit tous à l’existence de “gens normaux” alors que tous ceux qui nous entourent, tous ceux que nous croisons dans la rue, ont une histoire extraordinaire à nous raconter.

Et c’est pour ça que j’aime les humains.

(Sauf Shizuo-chan, bien entendu)