Ergo Proxy – Cogito ergo es

Ergo Proxy est une série du studio Manglobe datant de 2006. Je ne la vois que maintenant et je ne peux pas résister à l’envie d’écrire à ce sujet.

Ergo Proxy se déroule dans un monde dévasté, post-apocalyptique où les humains vivent dans des dômes, l’extérieur étant considéré hostile. Pour éviter que ce monde ne s’écroule sur lui même, la natalité est strictement contrôlée et les citoyens sont accompagnés de robots nommés Entourages qui sont leurs conseillés. Tous poursuivent l’idéal du “citoyen modèle”, celui qui consomme et ne fait pas de vagues.

Re-l Meyer est l’une de ces citoyennes et travaille pour la police. Depuis quelques temps elle est sur une affaire étrange, un virus (Cogito – penser) qui donne une âme aux robots. Lors d’une perquisition elle tombe nez à nez avec une créature étrange, un monstre qui semble lié au virus Cogito.

Bientôt elle en rencontrera un autre, une rencontre qui la bouleversera. La voilà désormais aux trousses de ces créatures nommées Proxies, et sa seule piste est un immigré en fuite répondant au nom de Vincent Law.

Aux premiers abords, Ergo Proxy ressemble à une série policière à la Appleseed, mais en réalité il n’en est rien. Si la belle Re-l est la première personne à nous être présentée, le véritable héros de la série est bel et bien Vincent. Dur à admettre devant son manque de charisme apparent. Voyez plutôt :

Vincent est un immigré qui veut devenir un citoyen modèle. Il est tombé amoureux de Re-l au premier coup d’œil mais manque cruellement d’assurance. Il se souvient avoir vécu et travaillé au dôme de Moscou, mais ses souvenirs s’arrêtent là. Très vite après son arrivée au dôme de Romdo, les ennuis tomberont sur lui puisqu’il sera accusé du “meurtre” de son robot Entourage. Et comme si ça ne suffisait pas, un étrange monstre nommé Proxy est à ses trousses.

Il sera aidé dans sa fuite par un robot infecté par Cogito, la petite fille Pino. Ce personnage est d’ailleurs véritablement adorable, touchant par sa naïveté et son innocence, quelque chose qui fonctionne rarement dans un anime. Le trait n’est pas forcé, Pino ressemble plus à une enfant que 90% des autres personnages des autres séries. Paradoxalement, c’est un robot.

A bout de nerfs, Vincent abandonnera son rêve de devenir un citoyen modèle et quittera Romdo pour découvrir le monde tel qu’il est : un désert où la vie s’accroche péniblement. Alors commencera son voyage aux côtés de Pino pour découvrir qui il est vraiment, pendant que les recherches de Re-l sur les Proxies pousseront leurs chemins à se croiser.

Ergo Proxy est donc une série consacrée aux mystères. Que sont les Proxies ? Qu’est-il arrivé à la Terre ? Qui est Vincent Law et pourquoi les ennuis le suivent-ils partout ?

Dans ce genre d’anime, il faut s’attendre à rester sur sa faim, à voir ses questions rester sans réponses. Parfois c’est fait exprès car ce n’est pas ce qui est jugé important, parfois c’est parce que personne ne sait vraiment. Ce n’est pas le cas de Ergo Proxy. La plupart des mystères trouvent au moins une réponse avant la fin de la série.

Mais ces réponses restent implicites. Aucun personnage ne prendra la parole ouvertement pour expliquer l’histoire, il faudra être attentif à toutes les clés laissées au court de la série et tout remettre dans l’ordre.

La première chose qui frappe, est à quel point les noms sont lourds de significations dans Ergo Proxy. A eux seuls ils sont la clé de la plupart des mystères. Par exemple, Proxy signifie “intermédiaire” (en informatique un proxy est un intermédiaire entre vous et Internet). Comprendre ça ouvre déjà bien des portes. Cogito est un mot latin signifiant “penser” : le virus du même nom octroie une âme aux robots.

Autre chose qui frappe, ces clés ne sont pas toujours là où on s’attend à les trouver… L’exemple parfait est l’épisode 15 qui à première vue ressemble franchement à une blague : sans aucun contexte, voilà nos héros sur le plateau d’une émission TV, type “Qui veut gagner des Millions ?” et Vincent répond aux questions d’un présentateur excentrique. Pourtant cet épisode est extrêmement riche en réponses et est indispensable à la compréhension de l’histoire.

Un petit mot sur le sous-titre de cet article, Cogito ergo es. Vous connaissez probablement la célèbre maxime : “Cogito ergo sum“, “je pense donc je suis“. C’était l’axiome de Descartes, la première vérité à laquelle il pouvait se raccrocher sans crainte, celle dont il ne pouvait pas douter.

Ergo Proxy déforme cette maxime en “je pense donc tu es” (que je traduis par “cogito ergo es”, en espérant ne pas me tromper). Cette phrase peut être interprétée dans le contexte de la série d’une centaine de façons différentes, toutes exactes. Et c’est là aussi la magie de Ergo Proxy : tout est lisible sur plusieurs degrés et un même concept se voit illustré d’une multitude de façons.

En conclusion, Ergo Proxy est un mystère que vous devez résoudre vous même. Mais c’est également des personnages incroyablement justes et attachants. C’est une série qui fait frissonner, rire, pleurer, mais surtout… penser.

Enfin, je ne peux pas terminer sans vous laisser sur une petite comparaison amusante :

Ahem 🙂

Note: cet article a été légèrement modifié le 8 mai 2011