Gundam 00 – Awakening of the Trailblazer –

Avec Awakening of the Trailblazer, l’univers Anno Domini voit sa conclusion arriver. Une conclusion résolument singulière, qui porte bien son nom.

Afin de faire le tour du propriétaire, disons que Kawai Kenji est toujours à la bande son, mais à part quelques rares moment elle se fait plutôt discrète et je n’ai pas remarqué de nouvelle piste. De même l’opening est de The Back Horn (a qui l’on doit Wana), l’ending d’UVERworld (Hakanaku mo Towa no Kanashi) et on a droit à une belle insert song de Ishikawa Chiaki (Prototype). On est donc en terrain connu, pas de dépaysement de ce côté là, ça sonne comme du Double O.

Et ça ressemble à du Double O aussi. Il est difficile de différencier dans le feu de l’action les nouveaux Gundam avec les anciens tant ils se ressemblent, et on a toujours droit à un déluge de particules vertes. Ou rose-rouge pour le Trans-Am qui est désormais un équipement de série sur toutes les Mobile Suits qui se respectent.

L’action est – plus que jamais – incroyable. Ça envoi, ça va vite, c’est dynamique, et l’échelle des combats a littéralement explosée et jamais les Gundam n’ont été aussi puissants (même le Strike Freedom fait pale figure à côté). Il y a de quoi satisfaire les pulsions des fans de mécha,  malgré ça les nouveaux modèles ne brillent pas vraiment. Le Raphael n’a droit qu’a deux pauvres minutes à l’écran et le 00 Quan[T] gardera pour lui la plupart de ses secrets. En réalité, les stars du show, c’est le Zabanya de Lockon Stratos et le Harute de Allelujah Haptism.

2314 : a Gundam Odyssey

Attention, c'est juste un leurre

La première saison de Gundam 00 était la première série Gundam que j’ai vue. Oh bien sûr avant ça j’étais capable de reconnaitre un Gundam quand j’en voyais un, je savais qu’Amuro était le gentil et l’homme masqué, Char Aznable, le méchant. Je savais que ça se passait dans l’espace et qu’il y avait des colonies spatiales et des surhommes. La base de la base, ce qu’il est difficile d’ignorer, mais c’était à peu près tout.

Du coup quand j’ai regardé la première saison de Double O, j’étais sans préjugés. Tout pouvait arriver, car je ne savais pas trop à quoi m’attendre d’une série Gundam. D’une façon ou d’une autre, quand la question de Jupiter a été soulevée par le mentor de Billy, la pensée “extra-terrestres” m’est venue à l’esprit. J’ai commencé à imaginer que le but d’Aeolia était d’unifier et d’armer l’humanité contre une menace à venir.

Puis j’ai vu les autres séries Gundam et la seconde saison, et l’idée m’a alors parue ridicule. Des extra-terrestres dans Gundam ? Ce serait bien une première…

D’autant plus que j’ai suivi les annonces faites autour de ce film ainsi que les premiers trailers, et je dois avouer que Sunrise a fait du bon boulot… pour me mener en bateau. Ces trailers nous montrent un nouveau personnage qui se présente comme un Innovator assez peu amical, Descartes Shaman, et tout laisse penser qu’il s’agisse du nouvel antagoniste. Après ça je m’attendais à un retour des A-Laws ou que sais-je, et une fin comme tous les Gundam.

Comment aurais-je pu imaginer une seule seconde que ma première intuition était (presque) vraie ?

Car Awakening of a Trailblazer ne ressemble plus en rien à un Gundam.

Certains ont comparés cette fin avec Eureka 7, mais moi c’est les différentes Odyssées de l’Espace (surtout 2010 et 2061) qui surgissent dans mon esprit. La séquence d’ouverture avec son pont d’arrimage d’un blanc immaculé et l’image de Jupiter aident.

Blazing a Trail in an Unlimited Sky

Les Gundam ont une fin assez codifiée. Cela se passe dans l’espace et ça implique une station spatiale/colonie/astéroïde et deux ou trois factions qui se foutent sur la gueule à grand coup de Mobile Suits. Les conflits personnels entre les personnages sont réglés en se criant dessus et en se découpant à coup de sabres lasers et de funnels.

Quand tous les personnages secondaires ont eu leur moment de gloire et que tous les super-prototypes ont été détruits, le protagoniste (un jeune pilote qui vient de passer sa crise d’ado) et son némésis règlent leurs comptes une bonne fois pour toute (ou pas).

C’est pas dur, on pourrait écrire un générateur de fins de série Gundam. Et si Tomino est aux commandes, on rajoute une ribambelle de morts aussi inutiles qu’imprévues. Juste pour rigoler.

Quelqu'un a encore quelque chose à redire sur le look des vrais Meisters ?

Mais si vous aviez froncé les sourcils devant les fins de Zeta et ZZ avec leurs explosion de pouvoirs psychiques et d’aura, vous n’avez encore rien vu. Attendez de voir la fin de ce film.

Gundam 00, qui se tenait en équilibre au bord du gouffre lors de sa seconde saison, décide enfin à se lancer dans le vide : au diable le réalisme des Real Robots et la cohérence scientifique derrière tout ça. Tomino peut écrire autant d’équations fictives pour les Minovsky Particles qu’il veut, Gundam 00 décide qu’on en a pas besoin.

Les Gundam se téléportent… Je veux dire… vraiment quoi… C’est… étrange.

Mais pas désagréable.

Si on se résigne à voir tous les codes et fondations de l’univers Gundam bafoués un par un, alors Awakening of the Trailblazer est une incroyable réussite. C’était pour moi, et je sais que tous les fans (notamment les plus extrémistes) ne seront pas d’accords, un véritable bol d’air frais dans cette saga. Mais en même temps, les fans les plus extrémistes ont probablement laissés tomber Double O depuis longtemps (et probablement tout ce qui n’est pas de l’Universal Century…)

Awwww 😀

Parce que vraiment, j’avais l’impression qu’on avait fait le tour de la question depuis le temps. C’est ce qui m’a toujours plu chez Double O : son côté résolument différent. Le fait qu’il n’y ai pas de colonies spatiales ou que le héros ne soit pas un clone d’Amuro, qu’on ne parle pas d’indépendance ou de pollution/destruction de la Terre.

J’ai eu l’impression que c’était le premier Gundam depuis longtemps à réellement prendre son indépendance par rapport à l’œuvre de Tomino et à avoir sa propre identité.

I Trust You

Gundam 00 s’ouvrait sur une question simple, mais à la fois complexe et surtout, terriblement d’actualité :

Peux t-on obtenir la paix par la force ?

Le fait que le héros soit un enfant-soldat kurde, que le Moyen-Orient joue un rôle prédominant, que la série se passe dans notre monde et que le mot “terrorisme” soit dans toutes les bouches donnent tous un sens particulier à cette question. Il n’y a pas besoin d’une grande gymnastique cérébrale pour voir à quoi cette phrase fait allusion.

Alors que notre monde planche encore sur la question, Awakening of the Trailblazer répond à cette interrogation laissée en suspend durant la série. Je vous laisse le soin de découvrir cette réponse, mais je pense que vous avez déjà une petite idée (indice: la guerre c’est mal, on ne le répétera jamais assez).

"Hey! Listen!"

Que ce soit entre les hommes durant les deux premières saisons, et désormais avec un interlocuteur radicalement différent (alien même), la compréhension d’autrui est le fil conducteur de Double O. Là où Tomino nous laissait une réponse plutôt négative et pessimiste, avec Amuro et Char incapable de se comprendre jusqu’à la toute fin, Double O est résolument plus optimiste.

Finalement, Awakening of the Trailblazer s’impose comme une digne conclusion à Double O, achevant de la séparer de ses prédécesseurs. On appréciera ou non la direction prise, mais c’est définitivement une percée vers de nouveaux horizons pour la saga Gundam, et cela conforte Double O comme ma série Gundam préférée, même devant Zeta.