GUNxSWORD – Prélude à Code Geass, II

Il y a quelques temps j’ai parlé de S.CRY.Ed, décrivant la série comme étant la “grande sœur” de Code Geass. Et il se trouve qu’au hasard de mes visionnages j’ai retrouvé un autre membre de la famille : GUNxSWORD.

Il s’agit d’une série datant de 2005 (quatre ans après S.CRY.Ed mais un an avant Code Geass) qui, une fois n’est pas coutume, n’est pas produite par Sunrise mais par AIC. Cependant, Taniguchi Goro, réalisateur de S.CRY.Ed et Code Geass, reste aux commandes.

Le chara-design est bien entendu de Kimura Takahiro et on reconnait bien son style… notamment sa façon appréciable de déformer les visages lorsque les personnages sont sous le coup de la colère.

J’apprécie beaucoup ses illustrations et je suis content de voir qu’elles composent l’ending, tout comme les illustrations de CLAMP composent ceux de Code Geass.

Au son du bambou

Côté musique, on retrouve pour la troisième fois Nakagawa Kotaro qui cette fois nous sert quelque chose de plutôt différent, l’opening qu’il compose est d’ailleurs très proche dans sa sonorité avec le mythique Naruto Main Theme, mais l’ajout du chœur y ajoute un petit quelque chose de grandiose qui fait que le thème reste dans la tête.

L’ending, “A Rising Tide” est de Shuntaro Okino, et même s’il n’a pas de relation particulière avec S.CRY.Ed et Code Geass, il colle parfaitement à la série et complimente les illustrations de Kimura. De même avec son insert song “Calling You” qui vient souligner une scène particulièrement mémorable avec brio.

Mais en parlant d’insert songs, c’est surtout “Paradiso” et “La Speranza” d’Hitomi que l’on retiendra. Je ne sais pas si c’est juste moi mais je l’ai définitivement et irrémédiablement associée à Code Geass, si bien que l’effet est particulièrement étrange (mais pas forcément déplaisant) et le rapprochement entre les deux séries devient inévitable.

TUXEDO x GRIFFES

L’histoire nous emmène sur l’ancienne planète prison, Endless Illusion. C’est à Evergreen, une petite bourgade dans le désert qui doit faire face toutes les nuits à un gang de voyous qui en ont après la banque, que la jeune Wendy Garett va faire la connaissance de Van de l’Aurore.

Épéiste flegmatique, sapé d’un tuxedo en queue de pie et franchement bizarre sur les bords ce dernier refuse de venir en aide au village. Mais il va se retrouver entrainé dans l’histoire malgré lui, et révélera alors son Armure : Dann of Thursday, un gigantesque mecha venu tout droit de l’espace.

Van est à la recherche de l’Homme aux Griffes afin d’accomplir une vengeance personnelle et Wendy voit là l’occasion parfaite pour retrouver son frère disparu qui a été kidnappé par ce même homme.

Les deux vont alors voyager ensemble sur les traces du mystérieux Homme au Griffes et vont se rendre compte qu’ils ne sont pas les seuls à le pourchasser.

Melting Pot

A première vue on a une ambiance western, des armes à feu qui font un peu old-school, un désert, une ville avec son saloon et sa banque… Et même si Van a une sorte d’épée élastique particulièrement étrange, on accepte cette extravagance sans problème. C’est le héros après tout, et le titre n’est-il pas “GUN x SWORD” (le ‘x’ signifiant souvent ‘rencontre’ ou ‘versus’) ?

Par contre quand le premier épisode tourne au combat de méchas, on commence à avoir des doutes. Et en effet, il ne faudra pas attendre longtemps pour que toute la crédibilité de l’univers vole en éclat. Il n’y a absolument aucune cohérence dans la description d’Endless Illusion et l’anachronisme est roi. Les épisodes s’enchainent nous submergeant sous une avalanche de n’importe quoi avec des ennemis ridicules aux tics de langages parfois agaçants (et en engrish tant qu’a faire, giiirl).

Parmi eux se côtoient du bon (les vieux sentai mexicains, alcoolos, à la retraite et leur Megazord, Eldora Five) et du moins bon (le royaume moustache, le pays des maillots de bain, j’en passe et des meilleures). Cette part de n’importe quoi était déjà présente dans S.CRY.Ed, et heureusement moins dans Code Geass. Mais pas totalement absente figurez-vous.

On remarque quelques allusions cinématographiques, pas toujours très subtiles comme la reprise directe de Pulp Fiction au début du sixième épisode ou la plus légère mais plus efficace allusion à E.T. vers la fin.

A côté de ces épisodes remplis de “WTF?!” on a des épisodes plus sérieux et dramatiques qui sont déjà bien plus plaisants à regarder. Mais dans l’ensemble on constate un véritable mélange qui donne naissance à une masse uniforme. Ce melting pot ne marche pas forcément et on se demande parfois s’il certains épisodes étaient vraiment nécessaires (malgré que la plupart soient très légèrement liés à l’intrigue principale).

Heureusement ces petites aventures passagères au pays du grand n’importe quoi disparaissent après le dixième épisode. Mais bon, il y a des séries qui arrivent à raconter des histoires merveilleuses en dix épisodes.

La semaine des méchas

Puisque GUN x SWORD échoue en tant que série d’aventure, voyons les combats d’un peu plus près. Ces derniers se font quasi-exclusivement grâce aux méchas, nommées Armures.

Encore une fois les premiers épisodes ne brillent pas vraiment, Dann of Thursday étant capable de corriger toutes les Armures qui lui font faces sans soucis. Là où ça devient plus intéressant c’est lorsque les autres Original Seven, l’élite des méchas, commencent à lui donner du fil à retordre.

Cette partie là a tendance à être un peu téléphonée : Van ne peux rien faire et se fait malmener, soudain… le déclic, et hop! Super power-up de la mort, puis la victoire. Un petit côté shonen, ce qui n’est pas problématique en soi, mais dans le cas présent il est trop pressé et forcé pour être efficace.

D’autant plus que le déclic en question est invariablement le même, que ce soit au début ou à la fin de la série ce qui nous pousse à nous demander si les choses évoluent vraiment dans la tête de Van.

Du côté de leur design, rien de bien transcendant, le visage de Dann divisera surement les opinions, mais reste que Saudade of Sunday, Brownie et Vulcain sont plutôt réussis. Même si, tout à fait entre nous, la star du show c’est bien sûr Eldora Five.

La planète des rêves brisés

Jusqu’à présent je n’ai pas fait un portrait très élogieux de GUN x SWORD, mais cette série a quand même des qualités.

D’entrée de jeu, au milieu du flot de ridicule se trouve l’épisode 4 qui laisse présager du ton que prendra la série. Van est mourant et sa survie ne tiens qu’aux capacités de guérison de Dann, son passé est trouble et sa haine à l’encontre de l’Homme aux Griffes semble être la seule chose qui compte dans sa vie.

Mais qu’adviendra t-il lorsqu’il aura accomplis sa vengeance ? Que lui restera t-il ? La question est souvent abordée dans les mangas et animes, rien de nouveau sous le soleil, mais cette fois elle apparait très tôt. Dès le début la motivation de Van est remise en question si bien qu’on comprend que sa vengeance et ce qui suivra ne sont pas les véritables thèmes de l’histoire. Il y a quelque chose d’autre en approche, quelque chose de plus gros qui englobe ce problème.

A la fin de ce quatrième épisode, un nouveau personnage est introduit : Ray Langren. Ce dernier partage le même but que Van : il souhaite tuer l’Homme aux Griffes pour venger sa femme. Deux chasseurs… une seule proie.

Mais il n’est pas là uniquement pour donner du fil à retordre à Van : le spectateur va aussi faire la rencontre de son petit frère, Joshua Langren. Ce dernier aimerait que les choses redeviennent comme avant, que son frère rentre à la maison et oublie sa quête de vengeance. C’est son rêve. Mais le rêve de Ray est d’éliminer l’Homme aux Griffes. De cette façon on nous montre comment les rêves des gens sont exclusifs et sont la source des conflits.

Ray et Van veulent la même chose, mais parce que chacun rêve être celui qui prendra la vie de leur némésis, ils finissent par devenir ennemis. Pour accomplir son rêve, il faut parfois marcher sur les rêves des autres, et c’est le cœur même du problème dans GUN x SWORD.

De même, Wendy découvrira très vite que son frère, Michael, n’a pas été kidnappé mais est partis de son plein grès. Sera t-elle capable de renoncer à son propre rêve par respect pour celui de son frère ? Sera t-elle capable d’accepter une telle chose, même si ce rêve lui parait être “le mal” ?

Il n’y a personne dans GUN x SWORD qui soit diabolique. Légèrement dérangé, peut être. Mais pas forcément mauvais. L’Homme aux Griffes n’a absolument aucun charisme, il s’agit d’un homme ordinaire, en vérité il est si “normal” qu’il fait peur. Son rêve est le même que celui de toute  Miss France qui se respecte : des oiseaux qui chantent et la paix dans le monde.

Mais ce rêve, aussi beau qu’il puisse paraitre est en conflit avec d’autres rêves. Pour l’Homme aux Griffes comme pour Wendy, le dilemme est le même : accepter les rêves des autres, quitte à renier le sien.

Si S.CRY.Ed nous montre une rivalité viscérale, un combat qui découle des instincts, GUN x SWORD met en avant une vision plus humaine, plus rationnelle. Kazuma et Ryuho se battent parce que leur côté animal le leur ordonne, Van et Michael le font parce que leurs rêves se contredisent l’un l’autre. Ces deux formes de conflits se retrouveront plus tard dans Code Geass.

Conclusion

Il est intéressant de voir comment certaines œuvres contribuent à leurs successeurs et comment un auteur construit son style petit à petit.

Tout comme S.CRY.Ed, GUN x SWORD rappelle Code Geass sur de nombreux plans, parfois des éléments majeurs, parfois des détails, sans être pour autant un simple prototype.

Lorsque j’ai commencé cette série, je ne pensais absolument pas avoir un jour à écrire un second “Prélude à Code Geass”, mais maintenant j’attends de voir Planetes avec impatience.