La japanime est-elle sur le déclin ?

L’autre jour je suis tombé sur un podcast d’AnimeNewsNetwork nommé OveraChivers qui parle entre autre de l’état de l’industrie de l’animation japonaise (je vous encourage à l’écouter, ça commence à partir de la 21ème minute environ).

Chi“, un étudiant (Ph.D) à l’université de technologie de Tokyo fait sa thèse sur l’industrie de l’animation aujourd’hui, et ce qu’il a à dire est aussi intéressant que… flippant.

Une crise nommée “moe”

Ce n’est un secret pour personne, la crise bat son plein et si elle a bien un effet mesurable c’est celui de rendre les investisseurs frileux. Comme on a peur de prendre des risques, on se repose sur des formules éprouvées avec des résultats connus à l’avance.

C’est exactement le même problème qui gangrène l’industrie du jeu vidéo aujourd’hui, créer un jeu ou un anime ça coûte cher et on ne peut pas se permettre en ce moment de parier sur le succès d’une série. Donc on investit dans des trucs qui ont déjà été faits, pour lesquels ont sait que ça va marcher un minimum. Le marché est mesurable, il n’y a plus qu’a surveiller le budget et tout devrait bien se passer.

Dans l’industrie du jeu on fait des FPS, dans celle de l’animation japonaise on fait du moe.

L’avantage c’est qu’on sait qu’il y a de la demande pour ce genre d’anime, même si c’est un marché de niche. Clairement, ce n’est pas tout le monde qui apprécie le moe et la cible est bien définie démographiquement parlant. D’autant plus que le public visé est susceptible d’acheter tous les produits dérivés possibles et imaginables.

Pire encore, de plus en plus ce moe est associé à du fan service extrême, ne laissant aucun doute sur le type de spectateur qui est visé.

“Oh non c’est horrible, tout le monde veut faire comme nous !”

On est donc loin de chercher le hit, la nouvelle série culte ou que sais-je : on a des vaches à lait attitrées et on les exploites.

Là où ça devient intéressant, c’est que – toujours selon Chi – les producteurs et réalisateurs japonais en sont clairement conscients, ils savent que c’est pas top, mais que voulez-vous… c’est la crise !

Il y a une sorte de résignation vraiment néfaste là bas, et en conséquence les gens se désintéressent des animes. A part les otakus puceaux qui rêvent d’épouser leurs héroïnes préférées, donc.

Le Japon et l’Occident

Mais attendez, c’est pas tout. A ce niveau là du podcast il y a déjà de quoi être sérieusement déprimé, mais Chi est au regret de devoir en ajouter.

Vous avez surement vu ces nouvelles séries d’OAV basées sur Batman, Dante’s Inferno, Halo, Ironman, etc. La vérité c’est que ce qui a vu le jour de façon bien innocente avec les Animatrix est devenu le fantasme des producteurs japonais : la sous-traitance.

L’idée c’est qu’on laisse les américains décider de ce qui est bien, et on se contente de le réaliser pour leur compte. C’est plus rentable et plus sûr que de viser son propre marché.

Déprimant ? Certainement.

Moins risqué, moins cher, plus lucratif

Mais ce n’est qu’un côté de la pièce, car de l’autre les japonais font face à un autre problème : la faible natalité. Qui dit peu de natalité, dit population vieillissante, dit pas de renouvellement et de sang neuf dans l’industrie.

Il y a de moins en moins de nouveaux auteurs, et il semble que peu d’entre eux aient cette volonté, cette ambition de devenir le prochain Miyazaki ou autre réalisateur de génie. Ce qui est vu là bas comme de la modestie (ne pas se mesurer aux Grands) est probablement un manque d’ambition qui va causer de gros dégâts plus tard.

La solution trouvée, c’est l’import, principalement sous la forme d’étudiants faisant partis de programmes d’échanges, comme Chi. Ce n’est probablement pas la pire idée qu’ils aient eus, mais il faut craindre une “occidentalisation” des animes. Que tous ceux qui ont cru que Panty & Stocking with Gaterbelt venait de Cartoon Network lèvent la main.

Pire encore, ils cherchent à importer des produits américains qui seraient susceptibles de plaire à leur “nouveau” public. Un exemple ? Le moe américain : Hannah Montana.

Brrrr…

Et vous ?

Jusqu’à présent j’ai relaté ce qui m’a vraiment interpellé dans ce podcast, et c’est assez négatif. Il y a d’autres choses intéressantes et surtout plus réjouissantes dedans, ne vous inquiétez pas (trop).

Et je précise également qu’on parle de tendances, cela ne veut pas dire que 100% des animes produits sont du moe, ou du fan service. Même si il suffit de regarder le planning de la nouvelle saison pour constater une certaine tendance.

Pour ma part, il y a assez de nouvelles séries intéressantes pour me tenir occupé jusqu’à la fin de mes jours, sans compter qu’il y a encore beaucoup de classiques à explorer, donc je ne m’en fais pas trop.

Mais ce qui m’intéresse c’est votre avis, comment voyez-vous ces nouvelles tendances ? Est-ce que cette vague de moe vous désespère, vous indiffère ou vous réjouit ?

Et de façon plus générale, comment percevez vous ces tendances dans l’industrie de l’animation japonaise ? Est-ce que vous avez l’impression que c’était miiieeuux aavaaant, ou le contraire ?

Des auteurs qui ont de l’ambition, eux.