Les Trois As de Devil Survivor

“Ça serait bien qu’un jour ils fassent un Pokémon pour adultes, avec de vrais monstres.”

Combien de fois ais-je entendu ça ? Outre le bon vieux cliché que Pokémon est réservé aux enfants et la confusion entre “adulte” et “trash”, cette remarque ignore l’un des pères du RPG.

Car il se trouve que le “Pokémon pour adulte” fêtera son 25ième anniversaire dans quelques mois.

Il faut avouer que la saga des Megami Tensei n’est pas des plus connue en occident (à part peut être son spin-off, Persona) et pour cause : contrairement à Pokémon elle ne s’adresse pas à tout le monde.

Les Megami Tensei mettent généralement en scène un adolescent dans une Tokyo plus ou moins dévastée et qui se révèle capable de recruter et invoquer des démons avec son ordinateur. A la fin du jeu, il peut résoudre le problème de plusieurs façons en fonction de sa vision du monde.

La série développée par Atlus est connue pour ses côtés décalé et hardcore qui la destinent à un succès de niche, ses fans étant aussi enthousiastes qu’ils sont rares.

 

Devil Survivor est un spin-off troquant le dungeon-crawling habituel pour de la tactique, similaire à Final Fantasy Tactics ou Tactics Ogre. Disponible sur Nintendo DS et 3DS, c’est l’un des rares opus ayant quitté le Japon. Grand fan de T-RPG, je ne pouvais pas me permettre de passer à côté.

Affrontant lentement mais surement le manque de temps et la difficulté inégale du titre et arrivant à l’aube du cinquième jour, je vous livre trois points qui font — à mon sens — tout le succès du jeu.

Mon histoire

Le premier point est l’une des qualités récurrentes des Megami Tensei : il s’agit d’un drame à échelle humaine. Contrairement aux Final Fantasy qui font tout en grand, Devil Survivor se déroule entièrement à Tokyo avec un casting des plus réduit.

J’incarne un protagoniste que je peux nommer et faire évoluer à ma guise. Je contrôle également ses répliques, la façon dont il gère son temps et — comme dans Persona — son attitude vis à vis des autres.

Chaque personnage a une vision différente du problème, basée sur sa personnalité et son expérience. Ils me donnent régulièrement l’occasion d’en débattre et à mesure que l’histoire avance et que les positions se radicalisent, je serai amené à rejoindre l’une de ces philosophies. Hérité de l’alignement Ordre/Chaos du premier Megami Tensei, ce système est plus nuancé dans Devil Survivor et suffit à lui seul à destiner le titre à un public plus adulte.

Ces choix ouvrent diverses routes menant à différentes fins. Il ne semble pas possible de suivre toutes les intrigues en une seule fois, et je soupçonne même qu’il soit impossible de maintenir tous les personnages en vie. Il est arrivé que ces dilemmes me paralysent temporairement à cause de ma volonté de découvrir tout ce que le titre a à offrir. Je suis du genre à sauvegarder la partie avant chaque décision, quelque soit son importance.

Mais je suis arrivé au cinquième jour sans jamais revenir sur un seul de ces choix. Je loupe surement des choses, des dialogues et des missions, mais l’aventure continue, personnelle, et je sais qu’à la fin le New Game+ me donnera l’occasion d’investir dans une autre vision.

La course à l’armement

Contrairement à la plupart des RPG, la difficulté de Devil Survivor n’est pas linéaire. C’est probablement l’un des principaux freins à l’adoption de la série par un plus large public.

Dans Devil Survivor, la difficulté est en escalier. Chaque jour, de nouveaux démons se rependent dans Tokyo, drastiquement plus puissants que ceux de la vielle. Je suis obligé de revoir mon équipe en achetant des démons aux enchères ou en fusionnant ceux que j’ai déjà. A noter que chaque démon a deux niveau : l’actuel et celui de base. Les deux influencent leur puissance. Ça signifie que même si je l’entraîne à mort, un démon rencontré au début de partie finira forcément par devenir obsolète. Peu importe les difficultés qu’il m’aura aidé à surmonter, je devrais lui dire au revoir. Mais au fond je retrouverai  ses qualités intrinsèques et ses attaques dans la nouvelle créature à laquelle il aura donné vie.

C’est peut être l’inverse de Pokémon où mon “starter” finit toujours en indispensable demi-dieu. Devil Survivor m’oblige à me séparer de mes précieux démons et continuer la vaine course à l’armement.

De cette façon, ma stratégie est jetée à la poubelle tous les soirs et il m’incombe la lourde tâche d’en bâtir une nouvelle. Rapidement. Etant du genre à m’enfermer dans la première stratégie/équipe qui fonctionne, j’apprécie ce fréquent coup de pied au derrière.

Survivre au diable

Le jeu porte bien son nom. Ma principale occupation est réellement de survivre au diable. Si je suis libre de choisir mes actions toutes les demi-heures, je dois le plus souvent composer face à l’adversité et au destin qui me tombe dessus.

Chaque matin, je reçois un email prédisant les principaux drames de la journée. Chaque personne croisée a également un indicateur flottant au dessus de sa tête qui indique le nombre de jours qu’il lui reste à vivre. Si la plupart des gens ont toute la semaine devant eux, ce n’est pas mon cas.

Régulièrement, cet indicateur tombe à zéro et l’email prédit ma mort dans les heures qui suivent. Il me faut alors lutter pour trouver un moyen de changer mon destin. Ce n’est pas toujours évident (Beldr est réputé immortel) et jamais facile.

Chacune de ces rencontres contre un “boss” est un pic de difficulté notable. Survivre à l’un de ces affrontements est une consécration, souvent de courte durée, plongée dans l’ombre du prochain adversaire.

Après m’être fait embrigadé dans la lutte pour le Trône de Bel, je mouille mon pantalon chaque fois que l’un de ses prétendants est mentionné. Je sais que je devrais affronter chacun d’entre eux et le combat est tout sauf gagné d’avance.

A côté des missions programmées par le jeu, il est possible de combattre librement des monstres. Ces rencontres sont reproductibles à loisir mais rapportent de moins en moins d’expérience et d’argent. Il s’agit d’un filet de secours pour m’empêcher d’être définitivement bloqué plus qu’une véritable opportunité pour progresser.

Ma seule arme est la prévoyance, les clés du succès étant disséminées au compte goûte (souvent sous la forme de rumeurs) mais suffisamment à l’avance pour me permettre de me préparer.

A l’image de ses prédécesseurs et cousins, Devil Survivor est un jeu qui traite le joueur en adulte. Abordant des thèmes nuancés (comme en témoigne la récente polémique autour de Persona 4) et comptant sur l’intelligence et le discernement du joueur, il s’agit d’un de ces rares titres qui sont demandeurs mais généreux, s’imprimant sans peine dans nos mémoires.