Mirai Nikki – Le journal du futur

Grâce à l’arrivée imminente de l’anime, j’ai découvert le manga Mirai Nikki. Ça tombait à pic, j’avais du travail que je ne souhaitais pas faire, et il me fallait une bonne distraction.

Et Mirai Nikki en est une assurément, mais c’est aussi bien plus que ça.

Spiral Game

Amano Yukiteru (Yuki) est le traditionnel adolescent looser. Il ne fait pas beaucoup d’effort, à vrai dire il se considère comme un simple témoin du monde qui l’entoure, il ne s’implique jamais, n’agit pas. Tout ce qu’il se contente de faire à longueur de journée est de consigner tout ce qui se passe autour de lui dans son journal sur son téléphone portable.

Du coup il n’a pas d’amis. En fait, si… il en a un, mais il est imaginaire. Il s’agit de Deus Ex Machina, le Seigneur du Temps et de l’Espace, un dieu qui vit dans son imagination. Lorsqu’il ferme les yeux, il est parfois capable de le rencontrer.

Yuki devant Deus Ex Machina

Mais un jour, Deus lui annonce qu’il a modifié son téléphone portable. A partir de maintenant, son journal ne se contentera plus de consigner ce qu’il vient de voir, mais également ce qu’il va voir, dans le futur. Il s’agit du Future Diary (= mirai nikki), un journal qui prédit l’avenir.

Force est de constater pour Yuki que Deus est tout sauf imaginaire, et que les pouvoirs du Future Diary sont bien réels. Très vite il va l’utiliser pour son propre intérêt : prévoir les interrogations surprises, tricher aux évaluations, éviter les racailles, etc.

Gasai Yuno : Yandere Alert !

Mais son euphorie ne durera pas longtemps, car son Future Diary vient de faire une nouvelle prédiction : dans quelques heures, il va mourir. Un tueur est à ses trousses, il ne peut pas éviter cette fin : il s’agit d’une Dead End (impasse).

Heureusement, la belle et populaire Gasai Yuno vient à sa rescousse. Elle aussi détient un Future Diary, mais légèrement différent : il raconte tout ce qui arrive et va arriver à Yuki. Ensemble ils renversent la Dead End et se débarrassent du tueur… qui est également en possession d’un journal.

Peu de temps après, Deus met les choses au clair : ils sont douze à posséder un Future Diary, et ils vont devoir s’entre-tuer. Le dernier survivant sera son successeur, le nouveau Seigneur du Temps et de l’Espace. Un dieu.

Yuki part bien, il a déjà tué le 3ème, et Yuno semble prête à tout pour lui, y compris mourir.

Seulement voilà, elle n’est pas juste folle de lui…

… elle est folle tout court.

Intertwined Bodies / Non-Intertwined Minds

Bien sûr si on doit comparer Mirai Nikki à un autre manga, Death Note serait la première chose à laquelle quiconque penserait.

C’est donc une évidence, les duels stratégiques sont de la partie : il faut découvrir l’identité de l’adversaire, le pouvoir de son Future Diary et un moyen de le vaincre. C’est un vrai plaisir que de voir leurs petits tours ainsi que les exploits du détective en herbe, Kaworu Akise Aru.

Kaworu et Shinj... heu... Akise et Yuki

Death Note mis à part, je dirais que Mirai Nikki me fait plus penser à Elfen Lied. Mais en mieux, beaucoup mieux (non pas que ce soit dur). Là où Elfen Lied échouait lamentablement, en se réfugiant derrière l’excès de violence et d’horreur pour masquer l’absurdité de son scénario et ses personnages en carton, Mirai Nikki réussit superbement.

Non pas que la violence et le gore en soient absents, ils s’accentuent même de page en page, culminant sur des scènes relativement ridicules (genre, décapiter net quelqu’un, en un seul coup, avec un petit couteau ? Vraiment ?). Pour autant on reste loin des massacres gratuits d’Elfen Lied.

Mieux encore, la relation entre Yuki et Yuno est rondement menée. S’il était impossible pour moi de comprendre pourquoi le héros d’Elfen Lied continuait de s’accrocher à l’impardonnable Lucy, je peux en revanche imaginer le besoin qu’a Yuki pour sa psychopathe de service : elle le  protège des autres joueurs.

Comment quelqu'un qui peut prédire l'avenir peut-il être aussi incertain sur son sort ? C'est la magie de Mirai Nikki.

Et c’est cette attraction forcée qui va produire des conflits dans ses sentiments : il a besoin de son aide, mais il est terrorisé par sa folie. Il la déteste, la craint, et l’aime également, car au final elle est toujours là pour lui. Ce n’est pas la traditionnelle transition linéaire de “ils se détestent” à “ils s’aiment”, ça oscille de l’un à l’autre, parfois les deux en même temps.

A côté du duo vedette, les autres personnages ne sont pas en reste : l’inspecteur de police, la dirigeante d’un culte, une terroriste, un simple enfant, un justicier masqué… des profiles très différents qui ont tous une raison de devenir un dieu, avec un passé souvent horrible, et dans tous les cas un avenir tragique.

Mais le personnage principal est nécessairement celui qui change le plus au cours de l’histoire, celui qui se retrouve le plus altéré dans ses sentiments et ses convictions. Et c’est bien sur le cas de Yuki, comment un adolescent qui s’est coupé du monde va t-il réagir dans cette bataille pour devenir un dieu ? Qu’est-ce qu’une personne comme lui recherche, comment utilisera t-il son pouvoir ? Et surtout, jusqu’où est-il prêt à aller pour ça ? Faire face aux autres joueurs n’est pas aussi facile qu’il ne l’imaginait, surtout après avoir appris à les connaitre.

It Could be a Good Ending

La réalisation ne laisse que peu de failles. Certes, certaines séquences sont assez peu crédibles, comme si quelqu’un tirait desespérément sur la corde pour joindre deux bouts trop éloignés, mais cela reste extrêmement rare.

Tout au long de ses 11 tomes, Mirai Nikki gère le rythme de ses révélations avec une maîtrise incroyable. Et à la fin, il ne reste plus aucune zone d’ombre, plus de question en suspend. Toutes les pièces du puzzle s’emboitent, et on a le sentiment de se trouver en face de quelque chose de “parfait”, sans aspérités. Si vous avez déjà monté un meuble Ikéa, vous devez probablement comprendre le malaise que l’on ressent en se retrouvant avec une vis en trop à la fin, et c’est malheureusement un sentiment que trop d’histoires me laissent lorsque le rideau tombe.

Douze participants, un vainqueur : on va avoir un problème...

Mais ce n’est pas le cas de Mirai Nikki, qui consacre un tome entier à son dénouement, prenant le temps de conclure l’histoire en beauté. Il n’y a aucun grain de sable coincé dans l’engrenage, tout se déroule avec une fluidité exemplaire. Et c’est d’autant plus plaisant que l’intrigue est complexe, pleine de mystères et de retournements de situation. En règle générale, tout ce qui touche au temps et à sa manipulation avance en terrain miné, la moindre erreur cause des paradoxes incontrôlables qui sont susceptibles de discréditer l’histoire. Mais Mirai Nikki avance dans ce champs de mine d’un pas ferme, avec élégance, et au final s’en sort magnifiquement bien.

Il est aussi très difficile de prévoir la fin, et jusqu’aux dernières pages on se demande laquelle des deux fins on va avoir, la “Happy End” que l’on se surprend à convoiter ou la tant redoutée “Dead End”, menaçante du début à la fin ?

Et ça, aucun journal ne peut le prédire, il faut lire jusqu’au bout pour le savoir.