S.CRY.Ed – Prélude à Code Geass

Ce n’est pas un secret, Code Geass est ma série préférée. Et je pense que je n’ai pas besoin d’expliquer pourquoi, même ceux qui ne partagent pas mon enthousiasme comprennent quand même ce qui est attirant dans cette série.

Alors pourquoi je parle de Code Geass si ce que je souhaite présenter aujourd’hui c’est S.CRY.Ed ?

Parce qu’elles ont de nombreux points communs. Tellement qu’on pourrait dire que S.CRY.Ed est la grande sœur de Code Geass : elles ont été élevées à la même enseigne, mais prennent des chemins différents et ont chacune leur propre personnalité.

Tout d’abord, S.CRY.Ed est une série datant de 2001, par les studios Sunrise et réalisée par Taniguchi Goro. Même parents, donc.

La musique est signée Nakagawa Kotaro et aurait très bien pu passer dans l’OST de Code Geass sans que personne ne s’en aperçoive, tant elle est similaire. De plus l’ending, Drastic My Soul et l’insert-song All I Need is Love sont interprétés par Sakai Mikio et sa voie si singulière, qui se cache aussi derrière les mémorables insert-songs Picaresque et Calling de Code Geass.

Cela suffit pour évoquer Code Geass dans l’esprit du spectateur. Ou l’inverse, mais force est de constater que S.CRY.Ed n’est pas la série la plus connue de Sunrise.

S.CRY.Ed profite aussi du chara design immédiatement reconnaissable de Hirai Hisashi (Gundam SEED) qui reste relativement original par rapport à ce à quoi il nous a habitués plus récemment.

La généalogie de S.CRY.Ed étant retracée, place au synopsis :

Après un cataclysme très ciblé, une île au large du japon devient un vrai No Man’s Land. On la nomme Lost Ground, la “terre perdue” (ou abandonnée).

Sur cette île qui tente tant bien que mal de se reconstruire, 1% des nouveaux nés développe d’étranges pouvoirs. Ces pouvoirs leur permettent de transformer la matière les entourant en armes nommées Alter. Ces gens sont alors baptisés “Native Alters” et la plupart tournent mal et abusent de leurs pouvoirs.

La seule ville de l’île, soutenue par le reste du monde (“le Continent“) créé alors l’HOLY, une division des forces de l’ordre composée d’utilisateurs d’Alters et dont la tâche est de “discipliner” les Native Alters.

Kazuma est un Native Alter qui a grandis en marge de la ville. Il est impétueux, arrogant, ignorant et violent, mais a quand même un cœur. Il cache à sa sœur adoptive, Kanami, sa vraie nature, ses pouvoirs et le caractère douteux de son travail afin de la protéger.

Ryuho est le profil opposé. Héritier de l’homme le plus riche de Lost Ground, et membre le plus respecté de l’HOLY, ses valeurs sont l’ordre, la justice et la discipline. Intransigeant mais attentionné, aimé de ses hommes et redouté de ses ennemis. Il a de bonnes raisons de haïr les Native Alters.

Quand leurs chemins vont se croiser pour la première fois, une haine sans fond va naitre entre les deux hommes.

Une haine qui semble intéresser l’HOLY et le continent au plus haut point.

Reckless Fire !

On a des super-pouvoirs qui vont du super-classe au super-ridicule et qui vont évoluer au fil de la série, du sobre au Saint Saiya.

Chaque alter est unique et ils sont relativement variés, Ryuho fait apparaitre une créature pour se battre, un peu comme une Persona. Kazuma quant à lui recouvre son bras d’une armure, d’autres transforment des voitures ou utilisent des pastèques… chacun son truc.

Il y a des pouvoirs assez subtiles comme Mad Sprict (sic) et d’autres complètement bourrins comme Big Magnum.

Ryuho et son alter, Zetsui

On a donc une série basée sur l’action, avec tous les abords d’un shonen. On nous promet des psychopathes qui se mettent sur la tronche, et on est servis. Notamment par le dernier épisode, à la fois surprenant, inattendu et pourtant terriblement logique et inéluctable.

Pourtant ce n’est pas Bleach, et les scènes de combat ne sont en général pas mémorables (exception faite du dernier épisode encore une fois).

Cela dit, cela reste efficace et certains passages sont assez épique. Mais ce qui retiendra notre attention c’est la relation entre Kazuma et Ryuho.

I believe in drastic my soul

Si vous me demandez qui est le héros de S.CRY.Ed, je serais bien incapable de vous donner un seul nom.

Bien que Kazuma soit le premier personnage introduit, Ryuho n’est pas un simple rival. Les deux compères partagent grosso-modo le même temps à l’écran.

L’entrainant opening existe d’ailleurs en trois versions, une centrée sur Kazuma, l’autre sur Ryuho et enfin une troisième sur les deux. Cela dépend de qui est le “focus” de l’épisode.

La série met d’ailleurs un point d’honneur à maintenir un statut quo entre les deux et les traite de façon équitable.

A côté du duo infernal, on a un casting relativement en retrait. S.CRY.Ed ne manque pas de personnages, mais ceux qui sont réellement importants se comptent sur les doigts d’une main.

Straight Cougar est probablement l’exemple le plus marquant, il rafle un peu la troisième place du podium, aussi décalé et étrange qu’il puisse paraitre au premier abord. Il est peut être le seul personnage réellement ambigüe et mystérieux de la série. Les autres ont tendance à être plus unidimensionnel, comme si ils symbolisaient une idée ou un concept.

Shell Bullet, l'alter de Kazuma

Un peu plus tôt je parlais de rivalité, mais ce n’est pas celle qu’on peut voir dans la plupart des shonen. Ici il n’y a pas de place pour l’amitié, ce n’est pas de la compétition. C’est pas deux partenaires qui se stimulent mutuellement pour devenir plus forts, ce sont des ennemis mortels qui veulent voir la tête de l’ordre tomber.

Pourtant on s’attache aux deux, et les voir s’entre-tuer tout au long de la série est déchirant, aussi bien pour nous que pour les autres personnages. C’est comme voir deux de ses amis se battre entre eux.

Après tout, il n’y a aucune vraie justification pour eux de ne pas s’allier. C’est juste qu’ils ne peuvent pas s’entendre, c’est viscéral et au delà de toute raison. C’est même absurde et tragique, cette violence non justifiée que rien ne semble pouvoir arrêter.

Je peux lire cet article en moins de 30 secondes !

Et Code Geass dans tout ça ?

J’ai beaucoup parlé de Code Geass dans l’intro. Au final, est-ce que les ressemblances vont plus loin que le staff ?

Premièrement, S.CRY.Ed tranche avec les autres animes d’action par son ton. A première vue on est en plein dedans, il y a un air de déjà vu et on devine sans mal ce qui va se passer. Sauf que régulièrement, la série s’éloigne de ces rails, et fait des choix atypiques. L’emphase n’est pas placée sur les mêmes éléments que les autres séries.

C’est un peu la même différence que l’on retrouve entre Code Geass et les animes de mécha, c’en est un, mais l’accent est mis sur les autres éléments.

Autre ressemblance, la série ne se prend pas totalement au sérieux. Code Geass n’hésitait jamais à échanger de la cohérence contre de “l’awesome“. Entre deux options, on prend la plus cool, même si ce n’est pas la plus logique. S.CRY.Ed ne s’embarrasse même pas de choses aussi futiles. Cette course à l’epicness et l’auto-dérision qui va avec est une qualité que partagent ces deux séries.

On retrouve les thèmes principaux de Code Geass dans S.CRY.Ed : la rébellion et la volonté de rendre le monde meilleur pour la personne que l’on chérit sont les désirs qui animent Kazuma. Et Ryuho est là pour le mettre face aux  conséquences de ses actes et lui rappeler combien il est égoïste. Et tout comme Suzaku, lui qui fait la morale se rend compte qu’il est tout aussi égoïste et qu’il perpétue ce qu’il dénonce lui même.

Et tout comme Code Geass, ces personnages qui paraissent faibles ne le sont pas tant que ça, la petite Kanami est la précurseur parfaite de Nunally et la naïve Mimori partage la volonté d’Euphemia (et son impuissance aussi…).

Au final, les deux séries restent très différentes et s’inscrivent dans des genres distincts. Comparer les deux serait inapproprié, et force est de constater que S.CRY.Ed n’est pas aussi bien maitrisée et menée que Code Geass.

Toutefois, il y a cette touche commune derrière les deux, cette touche particulière qui fait que si vous avez aimé Code Geass, vous trouverez probablement votre bonheur dans S.CRY.Ed.

Alors n’hésitez pas, si comme moi vous étiez passés à côté de S.CRY.Ed pendant tout ce temps, il est toujours temps de rattraper votre erreur !