So as I pray, Unlimited Blade Works

Je suis fan de Fate/stay night. Complètement fan, et alors que j’écris la première ligne de cet article, je sais déjà que ça va se voir dans la suite. Donc j’en profite pour vous prévenir à l’avance.

J’ai vu la série TV Fate/stay night il y a environ 4 ans, peu après sa diffusion. Le sentiment que j’ai eu après l’avoir regardée est assez étrange et j’en garde un souvenir vif. Cette impression qui a été d’avoir vu un truc objectivement moyen, “sympa” mais sans plus, et pourtant d’avoir été touché au plus profond de moi même. Peut être devrais-je dire “inspiré”, comme si il y avait quelque chose dans la série qui résonnait avec mon imagination.

J’ai récemment revu la série, et l’aspect “moyen, sympa sans plus” n’est clairement plus là. A croire que Fate m’aura conquis sur la longueur, comme un virus qui se répand en moi, transformant chaque parcelle de mon Être en fan.

This Illusion

Bref, retour en 2006, cette histoire me travaille. Des magiciens qui vivent secrètement dans notre société moderne et s’affrontent tous les 10 ans pour obtenir le Saint Graal (artefact tout puissant), les esprits des héros venus des légendes et mythologies qui se battent tout en cachant leur identité du mieux possible, un scénario complexe avec des personnages torturés… je tenais clairement quelque chose.

Alors j’ai fait mes recherches, comme à chaque fois qu’un sujet me passionne. J’ai découvert le visual novel de Type-Moon, et ses trois scénarios. A l’époque il n’existait aucune traduction anglaise du jeu, et j’ai du me contenter des informations glanées sur le net.

Malgré ça, j’ai été émerveillé par cet univers, les liens avec Tsukihime (que j’avais vu peu de temps avant), l’histoire de ces personnages (surtout ceux délaissés par l’anime), la façon dont les choses changent d’un scénario à l’autre, tout m’a séduit.

L’adaptation en anime est un travail incroyable. Jamais Fate/stay night dans toute sa complexité et sa grandeur n’aurait pu être adapté en anime, et pourtant la série est incroyablement fidèle au matériau d’origine. Elle adapte le premier scénario, Fate, en ajoutant des éléments des deux autres, Unlimited Blade Works et Heaven’s Feel. Du coup même dans ses différences elle arrive à rester proche du jeu, et ces arrangements permettent de développer les personnages délaissés dans ce premier scénario. L’animation est bonne, le ton est préservé, les doublages collent à merveille et la musique est signée Kenji Kawai. Bref, Studio Deen réussit son pari.

Si le choix d’adapter le premier scénario, Fate, semble logique (c’est un peu le “canon”), on peut regretter que les deux autres n’aient pas droit à leur adaptation.

Il y a en effet une graduation dans le ton des trois scénarios. Cette graduation affecte les idéaux du personnage principal, Emiya Shiro. Ce n’est pas juste “choisissez la fille que vous préférez”, tout change drastiquement et devient plus sombre et torturé au fur et à mesure que le joueur avance.

Le second opening de l’anime tendait la perche en montrant des séquences toutes droit venues du second scénario, Unlimited Blade Works, qui n’ont pourtant pas trouvées écho dans la série. De quoi faire soupirer les fans pendant longtemps…

Comment teaser à mort pendant 4 ans

Waiting for one’s arrival

Jusqu’à aujourd’hui. Sortis dans les salles obscures japonaises le 23 janvier 2010, le film Unlimited Blade Works “adapte” le scénario éponyme.

Il était déjà difficile d’imaginer le visual novel compressé en une série de 26 épisodes, mais l’adapter en un film de 1h45 est juste pure folie.

Le Studio Deen, le staff d’origine de l’anime, joue alors la carte du fan service. De A à Z, tout est fait et pensé uniquement pour les fans. Des morceaux entiers de l’histoire sont occultés, faisant le pari que les spectateurs les connaissent déjà.

En principe cela a été fait de telle façon que quelqu’un ayant vu la série TV puisse comprendre ce qu’il se passe. Le début est similaire et résumé en cinq petites minutes, tout va très vite et rien n’est expliqué. Tout juste nous avons des plans qui indiquent au spectateur “voilà où on en est de l’histoire, on vous l’a déjà raconté il y a 4 ans, souvenez-vous”.

Par contre, si vous découvrez Fate/stay night avec ce film, vous n’allez rien comprendre. Dans le meilleur des cas vous apprécierez de jolies images qui bougent. Si vous avez vu la série il y a longtemps et que votre mémoire vous fait défaut, vous allez probablement avoir du mal à suivre également.

Mais même si vous l’avez (re)vu la veille, ce n’est pas suffisant. Tout va toujours trop vite, pas seulement les parties communes à Fate, bon nombre d’éléments sont passés sous silence, il n’y a aucun temps mort et de nombreuses questions resteront sans réponses.

C’est parce que le film n’est pas la pour remplacer le jeu, mais pour le sublimer. Les scènes sont adaptées à la CG près, elles sont justes animées et doublées. Les éléments manquants n’ont pas été supprimés, ils n’ont juste pas été adaptés. La nuance est subtile mais cruciale : Unlimited Blade Works prend les meilleurs moments du jeu et les met en mouvements, mais en aucun cas il ne s’agit d’une réelle adaptation.

Only one can stand under heaven

Donc du point de vue d’un fan, qu’est-ce qu’on a ? Un film de 1h45 centré sur Archer et Shiro. Certains personnages gagnent en importance tels Rin et Lancer. Au contraire, d’autres sont légèrement mis de côté comme Saber et Illya, voir carrément écartés comme Sakura.

Toutefois le développement des personnages n’est clairement pas le point central de ce film, il n’y a pas assez de temps pour ça. Le sens de la justice tordu de Shiro est traité, mais plutôt rapidement si on tient compte du fait que c’est le point central de ce scénario (et du jeu d’une façon générale).

La star de ce film c’est indiscutablement l’action. C’est bien simple, je n’ai jamais vu de tels combats. C’est d’un dynamisme à couper le souffle, il n’y a aucun temps mort et l’action est variée. Les protagonistes ne se donnent pas juste des coups rapidement, il y a une certaine “chorégraphie” derrière les combats.

J’avais trouvé l’action à la fin de Tetsuwan Birdy Decode 2 impressionnante, mais là c’est d’un tout autre niveau. En règle général, quand une section est animée à 30 images par secondes (au lieu de 12), la qualité des dessins en prend un coup. Les personnages sont alors réduits à leur plus simple silhouette. Ce n’est clairement pas le cas ici, chaque frame, même intermédiaire, a bénéficié d’un grand soin.

J’ai eu l’occasion d’en discuter avec quelqu’un qui n’est pas vraiment immergé dans l’univers de la série, et si il a définitivement trouvé ça “bien sympa”, il n’a pas eu le même frisson que moi en regardant ce film.

C’est — je pense — la preuve que ce film est destiné avant tout aux fans du jeu, ceux qui derrière l’action voient les implications et toute la complexité de Fate/stay night.

Alors, aurons-nous une adaptation de Heaven’s Feel un jour ? La sortie miraculeuse de ce film, 4 ans après l’anime, nous permet d’espérer…