Terra e… – Vers ses origines

La maman de Forrest Gump disait que la vie c’est comme une boite de chocolats : on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Et bon sang, elle avait raison.

C’est encore une fois au hasard de mes vadrouilles sur la toile que je tombe sur une illustration de l’anime Terra e…. Tombant sous le charme de son chara-design, je cours lire le synopsis en me demandant comment on avait pu me cacher une telle perle pendant si longtemps.

A l’origine, Terra e… (anglicisé en Toward the Terra ou To Terra…) est un manga de Takemiya Keiko publié de 1977, année faste pour la science-fiction. Principalement connue pour être une pionnière du genre shonen-ai, elle met la romance de côté pendant un instant pour nous emmener dans les étoiles.

Si une première adaptation au grand écran a vue le jour en 1980, c’est de l’anime de 2007 dont je m’apprête à parler ici.

Synopsis

Dans la ville tranquille d’Ataraxia, le jeune Jomy Marcus Shin s’apprête à passer son examen de maturité qui lui permettra de rejoindre la société des adultes.

Mais lors de l’examen, l’ordinateur en charge lui apprend qu’il va devoir abandonner les souvenirs de son enfance. Jomy tente de résister et est secouru par Soldier Blue, un étrange individu qui apparait parfois dans ses rêves.

Ayant échoué au test et étant identifié comme un Mu, un individu aux pouvoirs psychiques, Jomy est forcé de fuir Ataraxia et le reste de l’humanité et de se réfugier chez ses pairs. Là, Soldier Blue lui apprend qu’il a été choisis pour être son successeur et mener les Mu vers Terra, le berceau de l’humanité.

Pendant ce temps, le jeune prodige Keith Anyan gravit les échelons de la société humaine.

Faire du neuf avec du vieux

Le chara-design est un critère important pour moi, c’est souvent ce qui va m’attirer vers une œuvre. Je ne compte plus le nombre de séries auxquelles j’ai donné une chance uniquement en me basant dessus.

De ce côté là, Terra a un charme fou. Même si le style n’est pas une copie exacte de celui du manga, il conserve ce côté shoujo qui met en valeur son casting principalement composé d’hommes.

Un autre attrait majeur de Terra est tout simplement son genre. Pour quelqu’un qui a grandis devant Star Wars, un space opera touche ma corde sensible. De ce côté là, la japanime a eu son heure de gloire dans les années 80 mais les nouvelles productions se font de plus en plus rare.

Ce sont ces même raisons qui m’ont poussées il y a quelques années vers l’adaptation de Tytania, une série au potentiel monstrueux mais qui ne décolle pas, faute de matériel à adapter. En effet, la série de romans n’a pas vu de nouveau volume depuis 1991…

Et pareil pour Jyu-oh-Sei, encore une série de science-fiction au chara-design excellent qui en plus se présentait comme un “Dune mais dans la jungle”. Comme pour Terra, un jeune héros quittait son milieu paisible et rassurant (d’ailleurs nommé Ataraxia dans Terra) pour s’aventurer dans un environnement dangereux dont il doit se rendre maître. Malheureusement une fin désastreuse et parfois risible était venu tout gâcher.

Autant dire que j’attendais Terra au tournant…

Dans l’espace, personne ne vous entendra crier

Malgré une toile de fond plus que familière (les mutants persécutés par les humains) on se prend rapidement au jeu. Le rythme est bon et on entre dans le vif du sujet dès les premiers épisodes.

Rapidement, alors que l’histoire progresse, on remarque que le ton se veut assez dur. Les scènes de vie heureuses ne sont là que pour mieux introduire le désastre à venir et toute romance est impitoyablement écrasée.

De même, la série n’hésite pas à mettre à mort ses personnages, parfois sans la moindre cérémonie. Une démarche qui n’est pas sans rappeler les Gundam de Tomino.

Étant donné la vitesse à laquelle les choses progressent, les scènes de bataille n’ont pas vraiment le temps de briller et sont assez superficielles. Tout au plus on a le droit à quelques échanges de tirs…

Les choses empirent lorsque les Mu alignent leurs Type-Blues durant les batailles : les plans se limitent à un simple individu faisant exploser tout une flotte avec ses pouvoirs psychiques. Ce n’est pas franchement satisfaisant pour tous ceux qui souhaitaient voir des batailles épiques dans l’espace.

Le temps qui passe

Space opera oblige, l’histoire prend une dimension épique et implique de nombreux personnages, sur plusieurs générations. Par conséquent, ceux qui sont réellement développés sont assez peu nombreux.

Malgré ça, l’anime fait le choix de mettre certains personnages plus en avants que leurs contreparties dans le manga. C’est le cas de Seki Ray Shiroe ou Swena Dalton, qui se voient octroyés un passé commun avec Jomy et paraissent dès lors moins anecdotiques.

Les Mu vieillissent de manière particulière, et tous à leur façon. Du coup lorsqu’un Jomy qui parait avoir toujours 14 ans nous dit qu’ils cherchent Terra depuis plus d’une décennie, ça déstabilise. Pour nous cela ne fait qu’un épisode qu’il est parti et il n’a pas pris une ride, du coup il est difficile de sympathiser avec lui quand il dit qu’il est épuisé par sa quête.

Ces sauts dans le temps sont fréquents et se font sans fanfare. Il faut parfois un petit moment avant de réaliser qu’ils ont eu lieu. On pourrait rapprocher ce phénomène aux derniers volumes de xxxHolic, au détail près que c’était volontaire dans ce cas là. Dans Terra ces sauts dans le temps servent uniquement à déconnecter le spectateur de l’histoire, et il faut un petit moment pour s’y replonger.

Nuance et dualité

Mais venons-en à nos deux protagonistes, Jomy et Keith.

Ce dernier est d’ailleurs particulièrement bien foutu. D’abord présenté dans l’opening comme un antagoniste, il fait une entrée remarquée dans la série avec une suite d’épisodes qui lui sont entièrement consacrés et dont Jomy est absent.

A ce moment là, on suit ses progrès dans le centre de formation E-1077, ce qui n’est pas sans rappeller le mythique Ender’s Game qui a débuté sa publication la même année que le manga (quand je vous disais que 1977 était une année faste pour la SF).

A ce moment là, on ne peut tout simplement pas s’empêcher de s’attacher à lui. Mais au fur et à mesure, son status passe de second protagoniste à celui d’antagoniste sans que sa personnalité ou son comportement n’aient changés entre temps. La seule chose qui change est le regard des autres personnages et le notre, lui reste fidèle à lui même. Au final on l’aime et le déteste pour les mêmes raisons. La façon dont tout cela est mis en scène dans l’anime force le respect.

Cette dualité laisse des traces puisque l’on oscille sans cesse entre haine et sympathie à son égard, si bien qu’on ne sait pas à quoi s’attendre de lui jusqu’à la toute fin. Ce qui donne à la série un finish imprévisible et par conséquent très prenant.

De son côté, Jomy voit un changement dans sa personnalité très tôt alors qu’il passe d’un sale gosse arrogant à un leader responsable. Cette progression est malheureusement un peu rapide, encore une fois la faute revient au saut dans le temps.

Mais malgré ça, sa personnalité continue d’évoluer au fil de la série. Les cartes qu’il a en main laissent à désirer et lui même n’est pas un leader parfait. En luttant pour maintenir l’unité chez les Mu alors qu’un conflit de génération apparait, il va commettre des erreurs et ainsi nous rappeler que malgré ses pouvoirs, il n’est pas infaillible et par conséquent reste lui aussi digne d’intérêt.

Après ça, c’est à sa haine des humains qu’il va être confronté. Dès le début on anticipe sa rencontre avec Keith et on n’est pas surpris que l’anime compte les points entre eux. Œil pour œil, dent pour dent : les forces cosmiques à l’œuvre font tout pour alimenter la haine qu’ils se vouent l’un à l’autre. Même si les auteurs tirent un peu sur la corde par moment, ça reste crédible.

Du coup Jomy se radicalise et perd un peu de son aura de héros pour ressembler à Keith, laissant le spectateur dans le doute et ne sachant pas à quoi s’attendre de lui non plus.

Un hommage

Quand on aborde la “cruauté humaine” et la destruction de l’environnement, il est facile de tomber dans le piège de la moralisation. Croyez moi, ce n’était pas à cause de la 3D que j’avais envie de vomir après avoir vu Avatar.

Heureusement Terra est un récit équilibré dans lequel aucune pièce n’a qu’une seule facette. Il y a du bon et du mauvais dans les deux camps, et même à l’intérieur des individus.

Par rapport au manga, la principale différence de cette adaptation est la fin. Bien que similaire dans la conclusion apportée à la problématique, la fin de l’anime a déjà le bénéfice d’être plus claire et compréhensible que l’originale. Si le sort des humains et des Mu est toujours laissé à l’appréciation du spectateur, celui des personnages est moins trouble… et potentiellement moins tragique.

Je regretterai juste que l’attrait presque magique de la Terre sur ses “enfants” qui était si bien démontré dans l’épilogue du manga ai disparu de l’anime. Mais toutes choses considérées, cette adaptation fait honneur à ses origines tout en arrivant à les transcender par moment.