Peter Jackson et Andy Serkis autour d’un verre

31/12/2014

Je suis allé voir le "Hobbit : la Bataille des Cinq Armées" l'autre jour, ce qui m'a inspiré pour chroniquer la genèse de cette nouvelle trilogie, telle que je l'imagine :

PJ : ‘Tain, je me ferais bien des vacances. T’as pas envie d’un trip en Nouvelle Zélande ?

AS : Trop ! C’était l’éclate.

PJ : Allez, c’est décidé. Je fais un évent Facebook pour voir qui est chaud.

PLUS TARD…

PJ : Viggo peut pas. Elijah a dit qu’il passerait en coup de vent, histoire de faire coucou. Ian est toujours deg’ que Fassbender lui pique la vedette donc il est partant. Orlando est chaud bouillant, il a même demandé s’il pouvait ramener une amie.

AS : Qui d’autre ?

PJ : Kate et Hugo ont un peu de temps libre et Christopher Lee a annulé une tournée avec son groupe de métal pour réunir le Conseil.

AS : Quand je serai grand, je veux être Christopher Lee.

PJ : On va enfin pouvoir se faire cette campagne de Dungeon & Dragon qu’on s’était promis y’a dix ans ! Je suis le MJ, j’ai dit preums ! Par contre avec tout ce monde, ça va couter bonbon…

AS : On a qu’à faire des petits boulots là-bas pour payer le voyage. Je sais me servir d’une caméra et en plus j’imite bien les monstres.

PJ : Bonne idée ! Oh, je sais ! Tu te souviens de la fois où Tolkien a été obligé de vendre les droits cinématographiques du Seigneur des Anneaux pour payer une facture ?

AS : Non, j’avais 5 ans. Si j’avais su que j’étais déjà en train de devenir riche…

PJ : Y’avait les droits du Hobbit dans le bundle. Donc voilà le plan : on engage des gars pour jouer des nains, on filme notre campagne D&D et on prétend que c’est une adaptation du Hobbit.

AS : Ça ne risque pas de se voir ?

PJ : Christopher Tolkien nous déteste déjà, qu’est-ce qu’on a à perdre ?

AS : Si c’est pour la Nouvelle Zélande…

BEAUCOUP PLUS TARD…

PJ : C’était trop bien ! Belle surprise d’avoir croisé tout le casting de Sherlock.

AS : Ca faisait du bien de role-player une créature qui n’est pas pleine de poils comme Kong, Caesar ou le Capitaine Haddock.

PJ : Par contre on a trois fois trop de rushes. Va falloir couper dans le lard.

AS : Tu parles des passages avec Alfrid Lickspittle ? Qu’est-ce qu’on a rigolés en les filmant...

PJ : T’as raison, je garde. Ooh, je viens de tomber sur Disco-Sauron !

AS : Ça se voit qu’on était bourrés. Surtout Kate.

PJ : Je peux pas couper : c’est mon petit neveu qui fait son stage chez Weta Digitals qui a fait les effets spéciaux.

AS : La famille avant tout. Par contre c’est dommage que notre avion ait été avancé, sinon on aurait pu filmer la fin du film. Histoire de savoir ce qu’il est advenu de l’Arkenstone, de Daïn… ou des Vers des Sables qu’on a introduits dans une scène puis oubliés.

PJ : Pas grave : on n’a jamais fait la fin du Seigneur des Anneaux et ça n’a pas empêché les DVD de se vendre. Du coup, si on veut garder tous nos délires, va falloir en faire une trilogie.

AS : C’est les gars du marketing qui vont être contents.

PJ : Et les spectateurs. Les fans de Tolkien pourront jouer au jeu des sept (millions de) différences !

AS : C’est quand même dommage qu’on n’ait pas les droits sur le Silmarillon… Y’a moyen de bien s’amuser aussi.

PJ : Au pire on fera un remake de Brain Dead.

FIN

Plus sérieusement…

Plus sérieusement, mon préféré de cette nouvelle trilogie reste le premier "An Unexpected Journey." C'est le seul qui ait le ton du Hobbit et qui brille par le jeu d'acteurs comme Martin Freeman, Ian McKellen ou Andy Serkis (parce que blague à part, je suis fan.)

Le second introduisait des intrigues secondaires assez peu... pertinentes, mais avait le bénéfice de mettre en scène Smaug, joué conjointement par Benedict Cumberbatch et Weta Digitals. Une belle réussite... trop tardive.

Dès l'annonce par Peter Jackson d'un troisième film, j'ai pressenti qu'on aurait droit à 2h de batailles, histoire de rivaliser avec celle des Champs du Pelenor à la fin du Retour du Roi. Jackson semble oublier (ou ignorer ?) que la plupart des spectateurs qui dorment à la fin du Retour du Roi ont décrochés durant la dite bataille.

Ça ne rate pas avec le Hobbit.

Les nouveaux personnages sont inintéressants. Alfrid est un nouveau Grima Wormtongue sensé nous faire rire mais qui ne change pas d'un pouce à travers le récit. Azog aurait mieux fait de rester mort, pour le peu qu'il apporte. Et surtout l'histoire de Tauriel est la même que celle de Legolas dans le Seigneur des Anneaux, mais avec une romance bâclée en plus. Son "véritable amour" pour Kili n'est pas crédible une seconde et fait pâle figure dans un univers où existent Beren et Luthien...

Ce n'est pas la première fois que Peter Jackson essaie d'ajouter une touche féminine dans un récit entièrement masculin : on se souvient d'Arwen dans les chaussures de Glorfindel dans La Communauté de l'Anneau. Malheureusement, Peter Jackson avait échoué à l'époque en glorifiant un personnage secondaire (attirant l'attention sur le fait qu'il est justement secondaire et donc peu développé...) et réitère avec Tauriel. On est censés avoir une elfe bad-ass qui botte le cul des Orcs comme le ferait Legolas et pourtant... Bolg l'emporte dans une épreuve physique. Sérieux ? On est en Terre du Milieu, un monde où la valeur morale et le temps ont plus d'influence que les muscles : pourquoi tomber dans le cliché de la demoiselle en infériorité physique qui a besoin qu'un homme s'interpose ?

Ce n'est pas la seule fois où Peter Jackson semble oublier les règles de l'univers de Tolkien au profit de celui de D&D (d'où ma petite parodie.) La scène de Dol Guldur est d'un ridicule à toute épreuve : Galadriel vient sauver Gandalf mais est entourée par les Nazgûls. Pour une raison inexplicable, la Noldo de troisième génération se retrouve incapacité et a besoin de l'aide d'Elrond et de Saruman. Qui arrivent à peine à tenir les Nazgûls à distance. Les trois porteurs des Anneaux Elfiques sont réunis, incluant deux Istaris, et c'est tout ce qu'ils peuvent faire ?

Puis vient le retour de Disco Sauron.

C'est la deuxième fois qu'il fait son apparition (au cas où certains spectateurs n’auraient toujours pas compris qu’il s’agit du Nécromancien !) dans la trilogie. Une fois c'est un accident, deux... c'est assumé. Galadriel utilise sa grosse voix et se transforme en la sorcière de Blanche Neige pour chasser Sauron qui disparait dans une succession d'images subliminales sur un beat des Daft Punk. L'implication du LSD dans la réalisation de cette scène me semble évidente.

Jackson essaie également d'embellir le rôle de Bard. Avec l'effet inverse. Chaque "moment de gloire" de l'archer humain consiste à mettre ses gosses en danger de façon créative. Difficile de voir l'un des supposés héros comme autre chose qu'une enflure irresponsable après ça. Vous pouvez coller toute la musique épique d'Howard Shore que vous voulez sur ces images, elles sont juste repoussantes.

Thranduil s'en sort mieux, sauf vers la fin. Il évoque la mère de Legolas sans raison apparente, sauf pour faire la transition avec la scène suivante. C'est tellement maladroit qu'on se demande si Peter Jackson a apporté la moindre attention au script... Et ses instructions pour Legolas prennent également le spectateur pour des cons. Après avoir mentionné successivement les Dunedains, les Rangers, "Strider" et le fils d'Arathorn, on peut se dire que les spectateurs ont compris de qui il parlait. Je m'attendais presque à ce qu'il dise : "Son véritable nom tu devras découvrir par toi-même. Mais c'est totalement Aragorn, hein."

Comble du comble : le fin fait bâclé. Pour le troisième film de 2h20 adaptant un petit bouquin jeunesse de 200 pages, ça fait mal au cœur...

La bataille prend fin et Bilbo retourne dans sa petite Comté. The End. A quoi bon introduire tous ces personnages et ces intrigues secondaires si ce n'est pour un résoudre aucunes ? L'enterrement de Thorin est absent, ce qui nous laisse penser que l'Arkenstone repose sur la cheminé de Bard. Dain Ironfoot est peut être mort, ou peut-être pas... laissant planer le doute sur la présence d'un Roi sous la Montagne, qui était quand même le but premier de cette quête. Tauriel est-elle revenue à Mirkwood ? Qui sait ?

De même, Bilbo dilapidant son 1/14ème du trésor pour racheter son chez-lui n'est pas présent, manquant le lien avec les dernières paroles de Thorin ("if more people cherished home above gold, the world would be a merrier place"). Non, à la place Bilbo regarde son Anneau avec amour, au cas où on aurait oubliés que le Seigneur des Anneaux est dispo en Blu-Ray.

Bref, beaucoup de mots pour dire pas grand-chose : la trilogie du Hobbit n'est pas à la hauteur de l'adaptation (déjà critiquée) du Seigneur des Anneaux. J'ai eu l'impression que Peter Jackson n'essayait même plus. Quand je l'entends parler dans les documentaires, j'ai plus le sentiment qu'il veuille rendre hommage au tournage de la première trilogie qu'au livre de Tolkien. Comme un groupe d'antan qui se reforme pour un encore. Ce qui est cool !

Malheureusement, cette fois tout le fun est pour Peter Jackson, pas pour le spectateur.